‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 88 sur 267 · A L APPROCHE DL" PRINTEMPS · texte numérisé non relu

A L APPROCHE DL" PRINTEMPS

Voici que la nature suspend son manteau vert

Sur chaque arbre en fleur, Et étend ses draps de blanches marguerites

Sur tout le gazon de la pelouse :

Voici que Phébus égaie le cristal des ruisseaux

Et réjouit les cieux azurée: :

Mais rien ne peut réjouir le malheureux harassé

Qui languit dans une dure prison.

Voici que les alouettes éveillent le joyeux matin ,

S'élevant sur leurs ailes humides de rosée ; Le merle . abrité contre l'ardeur du midi ,

Fait résonner les échos des bois ; Le doux niauvis , à force de notes ,

Berce et endort le jour nonchalant : Ils se réjouissent au sein de l'amour et de la liberté,

Exempts de soucis et de servitude.

Voici cjuo le lis fleurit près de la colline ,

La primevère au pied du coteau ; L'aubépine bourgeonne dans le vallon ,

Et le prunier sauvage est d'un blanc de lait . Le dernier paysan de la belle Ecosse

Peut errer au milieu de leurs trésors ; Mais moi, la reine de toute l'Ecosse,

Je dois languir dans une forte prison.

J'étais la reine de la belle France,

Où j'étais heureuse ; Je m'éveillais toute légère le matin.

Et me couchais aussi gaie le soir :

El je suis la souveraine de l'Ecosse ,

Où il y a bien des traîtres ; Pourtant je languis ici dans des liens étrangers ,

Et dan-i un souci sans fin.

134 POESIES DE EURNS.

Mais quant à toi, femme fausse,

Ma sœur et mon ennemie , LatTreuse Vengeance, pourtant, aiguisera une cpée

Qui te traversera !e cœur :

Le sang qui pleure dans le sein de la femme

Ne te fut jamais connu, Mi le baume qui coule sur les blessures du malheur,

De Tœil compatissant de la femme.

Mon fils 1 mon fils ! puissent des étoiles plus favorables

Luire sur ta fortune ; Et puissent ces plaisirs dorer ton règne,

Qui ne furent jamais entrevus du mien ! Dieu te garde des ennemis de ta mère ,

Ou tourne leurs cœurs vers toi ; Et quand tu rencontreras l'ami de ta mère,

Souviens-toi de lui pour lamour de moi 1

Oh 1 bientôt, pour moi, puissent les soleils d'été

Ne plus illuminer le matin 1 Puissent pour moi les vents d'automne

Ne plus faire ondoyer le blé jaune 1 Et dans l'étroite maison de la mort

Que l'hiver autour de moi se déchaîne.

Et que les prochaines fleurs (jui pareront le printemps

S'épanouissent sur ma tombe paisible 1

A ROBERT GRAIIAM, ESQ.

DE FINTR.\.

Dernièrement estropié d'un bras, et maintenant dune jambe,

Sur le point de demander un permis ])0ur pouvoir mendier ,

Lourd, apathi(iue, tracassé, abattu et accablé

(La Nature est ennemie du repos des estropiés],

Le généreux Graham écoutera-t-il la plainte de son poète

(Cela soulage la pauvre Misère, qu'on prête l'oreille à ses récits),

Et rentendra-t-il matidire le jour où jioiir la première fois il vit la

El doublement maudire le déplorable métier do rimeur? [lumière,]

C'est loi, Nature, partiale Nature, ([uo j'accuse ; C'est de ton caprice maternel ((ue je me plains : Le lion et le taureau ont été l'objet de tes soins; 1/un ébranle les forêts, et l'autre frappe du pied la terre : Tu donnes à l'ane sa peau, au coliiaaçou sa co<iuilli' :

la guèpc envenimée, viftnrieuse, iiarde sa cellule. —

Tes favoris, les rois, défondent, contrôlent, dévorent.

Dans toute loninipotence de la régie et du pouvoir.

Les renards et les hommes d'état combinent des tours subtils;

L'homme de la cité et le putois sentent mauvais, et sont en sûreté ;

Les crapauds avec leur poison, les docteurs avec leurs drogues ,

Le prêtre et le hérisson dans leurs robes, sont à leur aise ;

Même la femme sotte a ses ruses de guerre ,

Sa langue et ses yeux, lance et dards redoutés.

Mais , hélas 1 aigre et dure marâtre, Pour ton pauvre enfant nu et sans défense — le barde , Etre incapable de recevoir des leçons d'adresse mondaine, Et à moitié idiot, et encore plus dénué de ressources, Point de talons pour le porter loin du sombre cachot, Point de griffes pour creuser, et en éviter l'odieuse vue, Point de cornes, si ce n'est celles portées par l'hymen infortuné, Et celles-là, hélas! nullement la corne d'Amalthée: Point de nerfs olfactifs, comme au chien fidèle de Mammon, Couvert de la fourrure comfortable de la riche stupidité. Dans sa sensibilité nue et dans sa fierté souffrante, Il supporte des deux côtés le poids de la tempête : Les libraires vampires lui sucent tout le sang du cœur, Et les critiques scorpions lui lancent leur venin mortel.

Critiques '. — c'est avec effroi que je hasarde le nom , De cfs coupe-janets, ces bandits des sentiers de la renommée, Sanglants disséqueurs, pires que dix Monroe 1 Il hache pour enseigner, ils déchirent pour dénigrer.

Le cœur tordu, sans motif, pour le plaisir du mal , Poussé à la folie par l'audace des sots; Ses lauriers bien gagnés , plus chers que la vie même , Arrachés par des mécréants , qui n'en doivent jamais porter une Renversé , saignant, torturé dans cette lutte inégale , [branche ;] Le malheureux poète se débat dans la vie, [son sein,]

Jusqu'à ce qu'aient fui toutes les espérances cjui jadis embrasaient Et (juaient fui toutes les nuises qui, glorieuses, l'inspiraient jadis ; S' affaissant dans la vieillesse crasseuse et sans défense. Mort même au ressentiment de sa page injuriée, 11 reste inattentif ou insensible à la rage de l'impitoyable critique.

Ainsi , près de quelque haie , le généreux coursier mort , Repas exquis pour les dogues hargneux et affamés , N'ayant plus que la peau et les os à force de travail et de faim , Git insensible à l'acharnement de tous ces fils de chiennes.

0 bêtise! partage des vrais heureux !

Port calme et bien abrité d'éternel repos 1 Tes fils ne s'emportent jamais aux furieuses extrémités Des glaces polaires ou de la zone torride de la fortune. Si elle emplit et couronne de mousse la coupe d'or. Ils V boivent avec une modération égoïste et calme :

136 POESIES DE BIRNS.

Convaincus de bien mé'iter les ilons de sa munificence, [faim.l

Us s'étonnent seulement que « certaines gens » ne meurent pas de

Le grave et sage héron mange ainsi commodément sa grenouille ,

Et regarde le canard sauvage comme un misérable et vil chien.

Quand le désappointement rompt le fil de respéruiice.

Et ciu'ils vont à tâtons dans les ténèbres de la nuit désastreuse.

Us le supportent indolemnient avec une sourde patience,

Et en concluent simplement que « la fortune n"a soin que des fous. »

Ainsi, soumis au choc de la tempête,

Fort et lourd, se lient au poteaulebceufstupide. [œuvres des Muses,]

Ce n'est point ainsi que senties sectateurs extravagants et dés- Ce n'est point ainsi que travaillent leurs cerveaux lunatiques; Jamais ils ne restent dans l'égalité d'ùme : Tour à tour au plus haut des cieux, ou sous la voûte de l'enfer.

Je te redoute. Destin implacable et sévère , De toute la peur d'un poète, d'un époux et d'un père! Déjà un des retranchements de l'espérance est forcé; Glencairn, cœur vraiment noble, gît dans la poussière; Envolé, comme le soleil qui s'éclipse quand midi parait, Jl nous a laissés aveuglés par des torrents de larmes ; Oh! entends mon ardente, reconnaissante , égoïste prière : Epargne et favorise long-temps Fintra , mon autre appui l Couronne ses espérances et ses vœux à travers une longue carrière. Et que son soleil descende éclatant dans des cieux sans nuages ! Puisse le bonheur domestique aplanir sa route privée. Donner de l'énergie à sa vie, adoucir son dernier soupir, En entourant de larmes filiales son lit de mort !

Page 1