‹ Poésies d'un proscritChapitre 5 sur 13 · LE* ROITELETS DU COI/TSÉE · texte numérisé non relu

LE* ROITELETS DU COI/TSÉE

C'était le soir d'un jour d'orage ; Les rameaux, naguères souffrons, Rafraîchis par de longs torrens, Relevaient leur tendre feuillage.

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Le soleil, aux champs fécondés, Versait une clarté nouvelle , Et dorant la ville éternelle Séchait ses dômes inondés.

Moi, dans l'antique Colysée, Auprès d'un églantier en fleur, J'étais allé m'asseoir , rêveur , Sur une colonne brisée.

Un vent caressant et léger Là , m'apportait , par intervalles , Sous les arcades colossales, Le doux parfum de l'oranger.

Dupasse chassant la mémoire , J'avais oublié ces Romains,

Orgueilleux tyrans des humains , Dont le sang efface la gloire ;

Et dans l'enceinte de granit Qui vit tant d'horribles supplices , Je regardais, avec délices , Deux roitelets bâtir leur nid.

Une épaisse touffe de lierre Cachait l'asile ténébreux Où , sans bruit , le couple amoureux Préparait un tendre mystère.

La pluie et le vent , tout le jour , Avaient fait suspendre l'ouvrage; Mais le soleil rendait courage Aux architectes de l'amour.

Comme ils travaillaient! Sur ma tête, Sans relâche ils croisaient leur vol, Descendant de la voûte au sol, Du sol montant à leur retraite.

Ils allaient chercher en tout lieu , Butiner dans le voisinage, Toujours rapportant une charge , Des dons de la bonté de Dieu.

Tantôt c'était un brin de paille Qui tombait du char du bouvier , Et tantôt le crin d'un coursier Qui flottait à quelque broussaille.

Je les voyais rentrer souvent , Triomphans d'orgueil et de joie ,

Parés de la superbe proie D'une plume arrachée au vent ,

Ou traînant une feuille telle , Si large, si pesante enfin , Qu'il fallait au moins , en chemin , Quatre fois reposer son aile.

A travers les buissons mouillés , Sur les murs croulant de vieillesse , Ils allaient et venaient sans cesse A mes regards émerveillés.

Toujours pleins d'une ardeur extrême , De leur peine ils semblaient jouir , Car, quel mal n'est doux à souffrir Lorsque l'on est deux et qu'on s'aime ?

Dans les débris silencieux , Quand ils couraient chercher la mousse , De leur yoîx , gazouillante et douce , Ils retenaient les cris joyeux.

Et vraiment ils étaient fort sages De se taire sous ces murs noirs , Dont les trous servent de manoirs À l'orfraie , aux hiboux sauvages.

Ils pouvaient éveiller encor Durant leurs courses hasardeuses > De ces chauves-souris hideuses , Dont les griffes donnent la mort.

Mais la céleste Providence N'avait point créé mes amis >

Et si faibles et si petits,

Sans leur accorder la prudence.

Je les aperçus un instant Tout au faite d'une ruine ; Ils chantaient la grandeur divine Aux rayons du soleil couchant.

Ils chantaient leur vive tendresse, Et , comme ému de leurs plaisirs , Le cirque aux sanglans souvenirs Perdait sa funèbre tristesse.

Moi , devant le charmant tableau Qui fixait ma vue attendrie, J'enviais , en ma rêverie , La félicité d'un oiseau.

Je ne songeais point aux hyènes , . Au vil peuple-roi délirant , Aux courtisanes s'enivrant Du trépas des vierges chrétiennes ;

Car pourquoi chercher des forfaits Dans la poudre des anciens âges , Quand ces lieux m'offraient des images D'amour , d'innocence et de paix?

Mais la nuit répandait ses ombres , Je vis l'heureux couple mignon Se partager un moucheron , Puis s'abriter sous les décombres.

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