‹ Poésies d'un proscritChapitre 6 sur 13 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Hier encor , troublé, ravi , presque en délire ,

Dans Rome je portais mes pas religieux ;

J'allais, le jour entier ne pouvait me suffire,

Pour voir ces beaux débris d'un temps prodigieux.

Eh bien ! en rougissant j' oserai vous le dire , Aujourd'hui yos palais , Vos arcs audacieux , Cicérone charmant, qui daignez me conduire, Ne fout qu'importuner mon esprit et mes yeux.

Si vous voulez , hélas ! que j'aime'ces ruines, Qu'avec un saint respect je foule «es collines , Que je cherche là-bas le Soracte ou Tibur ,

Que j'évoque César , Horace ou Michel-Ange ,

Maria, cachez-moi votre sourire d'ange

Et l'humide rayon de vos grands yeux d'azur !

TOHBBAU MM «VUAMM.

iS«t ce tombent! # te U mam be Canoba , «ont «cttlpté» bettx génie* pleurant.

Cessez donc de pleurer, cessez , divins génies! Puisque ces rois sont morts,»leurs peines sont finies. Vous devriez sourire et couronner de fleurs Votre beau Iront chargé d'éternelles douleurs;

Car ceux dont vous gardez ici la froide cendre,

Pour souffrir parminous ne voudraient pas descendre

Du radieux séjour où , fixant son essor ,

Leur âme est à l'abri des orages du sort.

Us ne regrettent rien de la terre où nous sommes.

Ce globe avec ses mers et ses millions d'hommes ,

Ce globe entier n'est plus désormais, à leurs yeux,

Qu'un point sombre et perdu dans l'infini des cieux.

Si le sort ici-bas rendit leur vie amère ,

S'il leur 6ta l'orgueil d'un empire éphémère,

Si, loin du sol natal il les jeta mourir,

Leur bonheur, maintenant, surpasse leur désir.

Ils ont reçu de Dieu l'immortel diadème

Qui , sur leur tête , luit plus que le soleil même ;

Ils régnent à jamais sur cent mondes divers ,

Plus grands , plus glorieux que tout notre univers.

vous qui protégez ces dépouilles mortelles

De vos pieuses mains et de vos blanches ailes, '

Anges qae Canova fit descendre des deux , Remontez ! les Stiiarts ne sont point en ces lienx !

Voilà ce que je dis quand je vais, solitaire , Visiter des Stuarts la royale poussière , Quand je m'assieds devant le marbre révéré , Où de vieux Écossais ont sans doute pleuré.

Je l'aime , ce tombeau , moi qu'un penchant fidèle Vers les rois malheureux incessamment appelle , Moi, dans un long exil traînant mes jours flétris , Je me console auprès du cercueil des proscrits. Je l'aime ce tombeau , si modeste à la vue Qu'il semble dérober une cendre inconnue, Et qui, non loin du seuil humblement confiné , Annonce que ce lieu par pitié fut donné Aux monarques déchus de la fière Angleterre , Tandis que, jusqu'au fond du brillant sanctuaire,

Couvrant, remplissant tout de leur superbe deuil, !

Tant de morts oubliés dorment avec orgueil.

Aofet 1894*

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