SONNET
Hier encor , troublé, ravi , presque en délire ,
Dans Rome je portais mes pas religieux ;
J'allais, le jour entier ne pouvait me suffire,
Pour voir ces beaux débris d'un temps prodigieux.
Eh bien ! en rougissant j' oserai vous le dire , Aujourd'hui yos palais , Vos arcs audacieux , Cicérone charmant, qui daignez me conduire, Ne fout qu'importuner mon esprit et mes yeux.
Si vous voulez , hélas ! que j'aime'ces ruines, Qu'avec un saint respect je foule «es collines , Que je cherche là-bas le Soracte ou Tibur ,
Que j'évoque César , Horace ou Michel-Ange ,
Maria, cachez-moi votre sourire d'ange
Et l'humide rayon de vos grands yeux d'azur !
TOHBBAU MM «VUAMM.
iS«t ce tombent! # te U mam be Canoba , «ont «cttlpté» bettx génie* pleurant.
Cessez donc de pleurer, cessez , divins génies! Puisque ces rois sont morts,»leurs peines sont finies. Vous devriez sourire et couronner de fleurs Votre beau Iront chargé d'éternelles douleurs;
Car ceux dont vous gardez ici la froide cendre,
Pour souffrir parminous ne voudraient pas descendre
Du radieux séjour où , fixant son essor ,
Leur âme est à l'abri des orages du sort.
Us ne regrettent rien de la terre où nous sommes.
Ce globe avec ses mers et ses millions d'hommes ,
Ce globe entier n'est plus désormais, à leurs yeux,
Qu'un point sombre et perdu dans l'infini des cieux.
Si le sort ici-bas rendit leur vie amère ,
S'il leur 6ta l'orgueil d'un empire éphémère,
Si, loin du sol natal il les jeta mourir,
Leur bonheur, maintenant, surpasse leur désir.
Ils ont reçu de Dieu l'immortel diadème
Qui , sur leur tête , luit plus que le soleil même ;
Ils régnent à jamais sur cent mondes divers ,
Plus grands , plus glorieux que tout notre univers.
vous qui protégez ces dépouilles mortelles
De vos pieuses mains et de vos blanches ailes, '
Anges qae Canova fit descendre des deux , Remontez ! les Stiiarts ne sont point en ces lienx !
Voilà ce que je dis quand je vais, solitaire , Visiter des Stuarts la royale poussière , Quand je m'assieds devant le marbre révéré , Où de vieux Écossais ont sans doute pleuré.
Je l'aime , ce tombeau , moi qu'un penchant fidèle Vers les rois malheureux incessamment appelle , Moi, dans un long exil traînant mes jours flétris , Je me console auprès du cercueil des proscrits. Je l'aime ce tombeau , si modeste à la vue Qu'il semble dérober une cendre inconnue, Et qui, non loin du seuil humblement confiné , Annonce que ce lieu par pitié fut donné Aux monarques déchus de la fière Angleterre , Tandis que, jusqu'au fond du brillant sanctuaire,
Couvrant, remplissant tout de leur superbe deuil, !
Tant de morts oubliés dorment avec orgueil.
Aofet 1894*