‹ Poésies de André ChénierChapitre 123 sur 418 · L'AMOUR ENDORMI · texte numérisé non relu

L'AMOUR ENDORMI

Là reposait l'Amour, et sur sa joue en fleur D'une pomme brillante éclatait la couleur.

IV. — Imité deMoschus, Épigr., VIfl [Anth., XYI, Plan,, 2()0) :

Aa/A7tâ^a d«l$ xaè ToÇa ^oy;).ârty eHsTO piQSov

olXo; "Epwç, TiTÔpr^v è* eîx^ xaTW/xa^i'yjv • XKÏ Çs'J^a^ TocXotspybv uad Çuyov aù;(éxa raû^wv,

iTizsips'j âkYjoSj^ aC/axa nMpOfôpov»

EcTTS S* avu f^H^pxç aura AiiC* IIÀJ||(7oy àpoùpaÇf

fjLT^ ai TÔv Eù/9U7rï]$ ^oDv utc' uporpu ^â^oi.

Nonnus, Dionys., I, 80, s'est souvenu de cette épigramrae. — Au vers 5 de l'épigramme grecque, Brunck donne ^pi^ov (pro nXfjvov) ; or il est à remarquer que Gbénier a adopté la leçon TtpijfToVf contrairement à Tavis de Brunck [Analectaf III, î^ct, et emend., p. 95). T. — Imité de Platon, Anth. PI,, 210 :

*A^ffO$ d' ùti UifÂiQoc ^«dOo/.(ov extpofJL&v ivoov

il6 POÉSIES ANTIQUES.

Je vis, dès que j'entrai sous cet épais bocage,

Son arc et son carquois suspendus au feuillage.

Sur des monceaux de rose au calice embaumé »

Il dormait. Un souris sur sa bouche formé

L'entr'ouvrait mollement, et de jeunes abeilles

Venaient cueillir le miel de ses lèvres vermeilles.

« Virginité chérie ! ô compagne innocente !

Où vas-tu ! Je te perds ; ah ! tu fuis loin de moi !

— Oui, je pars loin de toi ; pour jamais je m absente,

idieu. C'est pour jamais. Je ne suis plus à toi. n

Ohy «xcv loiânov fçtpirpniff où xx/in\tXa rél^a ' àXXà, rx fiiit SivSp€99tv vie' (VTceràAoïffc xpiftMnc' ax/rbi S* 2v 3ca).ûxe77c pôSeav 9r<7re^i7/ucvos unv&i

xnpox^otç ivrbç XxpoZç inl xc^^<v< ^«îvoTf.

Ronsard, Am., II, ii, se souvenait sans doute de Platon, quand il disait à Marie :

Marie, vous avez la joue aussi vermeillej

Qu'une rose de may

Quand vous estiez petite, une mignarde abeille Dans vos lèvres forma son nectar savoureux.

V. — André, dit-on, composa à seize ans cette pièce, imitée de Sappho. Voici les vers de Sappho, conservés par Démétrius de Phalère, de Elocut., CXL :

UapBsvia, napBivix, tto? /utc AcTroTffa ocxi?* ou/ér' iQ^fii) Ttpôç 9t, oùxir' ^Çoi.

Démétrius, en citant ce fragment, nous donne son jugement : c Ac ci aTto T&v a/Topt-iTOiv ^(â/scre^ Bijlai tÎ9i xa\ n).eï<Troit itapà Sairfoî* oXov ix Tijç «va^tTcA'jjffeoiç ttou vû/*^»} Ttpbi T/iv Trapdevfav frjvi. » Sans doute les Ters de Chénier n'ont pas la rapidité concise de ceux de Sappho ; la rim ^ lui a demandé quatre vers au lieu de deux. Mais on doit remarquer le goût d'André, qui déjà s'attache à la forme ; car, qu'il ait lu Démétrius ou qu'il obéisse a son instinct de poète, il est évident qu'il cherche à ccndro ces répétitions qu'admire Ij critique grec.

EPIG9ÂMMES. 147

MÊDÊE

Au sang de ses enfants, de vengeance égarée,

Une mère plongea sa main dénaturée;

Et l'amour, Tamour seul avait conduit sa main.

Hère, tu fus impie, et Tamour inhumain.

Mère! amour! qui des deux eut plus de barbarie? 5

L'amour fut inhumain; mère, tu fus impie.

Plût aux dieux que la Thrace aux rameurs de Jason Eût fermé le Bosphore, orageuse prison ; Que, Minerve abjurant leur fatale entreprise,

YII. — V. 1-6. Ces vers sont fidèlement et heureusement imités de Virgile, ^gr/., VIII, 47 ;

SsTUs amor docuit gnatorum sanguine tnatrem Commaculare manus : crudelis tu quoque, mater; Crudelis mater magis, an puer improbus iile? Improbus ille puer : crudelis tu quoque, mater.

On peut reprocher quelque subtilité à cette succession d'antithèses ; mais, dans une églogue, ce défaut disparaît et donne même une valeur toute poétique aux chants du berger. Dans une tragédie, ces vers n'eussent pas été à leur place ; chaque genre a des beautés diverses. Aussi c'est une imprécation qu'Euripide, dans sa Médée, 1523, met à la bouche de Jason.

V. 5. Dans Euripide, Ion, 960, Creuse, séduite par Apollon, a exposé son fils ; le vieillard qui l'interroge lui dit, énonçant avec un sens affirmatif la même pensée que nous trouvons dans Virgile dans un sens dubi* Utif;

4ffu • rXT/iutav 9v ràXfirHf b ik Btbç fi&XXov védfv.

Y. 7 et suiv. Euripide, Médée, i :

JSrO' eSf eA' *A/9Vou$ /uiri SixitTA^Boct cxifoç %.6Xx6»v 1$ ouav xvavéoci Su/A7rA>7yà^a$, /ufl^ cv vàiraco't Ur,Xio\j icsaeXv itort

Pélion n'eût jamais, au bord du bel Amphryse, lo

Vu le chêne, le pin, ses plus antiques fils,

Former, lancer aux flots sous la main de Tiphys,

Ce navire animé, fier conquérant du Phase,

jQui sut ravir aux bois du menaçant Caucase

L'or du bélier divin, présent de Néphélé, 15

Téméraire nageur qui fit périr Hellé !

Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide. Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus, Recueillir après toi les restes superflus,

UsAta /tASTflAôov

Cf. Phèdre, Fab., IV, vu ; Eirnius, Médée; Apollonius, Arg., IV, 32 ; Ovide, Am., II, xi, 4; et de semblables mouvemenis poétiques dans Catulle, LXIV, 171 ; Virgile, En., IV, 657.

V. 10. « Amphryse, » fleuve de Thessalie (Strabon, IX, v, 8), qui se jette dans le golfe Pélasgiquc. Ovide, Met., I, 580, l'a appelé « lenis Amphrysofi. » Dans l'idylle A'Hylas, André nomme le navire a fils des bois du Pénée » d'une façon plus générale, le Pénée remplissant de ses eaux- ou de celles de ses affluents toute la Thessalie. Ici ii est plus précis, TAmphryse coulant aux pieds d*un des contre-forts du Pélion. Pour les détails mythologiques, historiques, géographiques, voy. ci-dessus les deux notes, IdylL, V, 1, et Élég., V, 10.

V. 13. « Navire animé, » navire doué d'une âme, puisqu'il rendait des oracles. Dans l'idylle d'Hylas il l'a appelé navire éloquent.

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