V. 72. « Immense, s innombrable, Xaôi imtlpùèv
A LOUIS DAVID. ci
Ils s assemblaient ; leur seuil méconnaissant leurs pas Les rejette. Contre eux, prête à des attentats,
Luit la baïonnette insolente. 1^0
Dieu! vont-ils fuir? Non, non. Du peuple accompagnés,
Tous, par la \ille, ils errent indignés : Comme Latone enceinte, et déjà presque mère,
Victime d'un jaloux pouvoir.
Sans asile flottait, courait la terre entière, lO*;
Pour mettre au jour les dieux de la lumière.
Au loin fut un ample manoir, Oîi le réseau noueux, en élastique égide, '
Arme d'un bras souple et nerveux, • Repoussant la balle rapide, 110
Exerçait la jeunesse en de robustes jeux. Peuple, de tes élus cette retraite obscure Fut la Délos. 0 murs! temple à jamais fameux!
Berceau des lois ! sainte masure !
V. 98. André représente ici le seuil comme un être humain qui se dresse devant les représentants et les repousse. Dans le Mendiant, vers 74, il anime un toit d'allégresse et de joie; ici c'est d'indignation, de colère qu'il anime le seuil. Isaïe, xiv, 31, s'écrie en s'adressant à la porte de Gaza : «Ulula, porta; clama, civitas...;» id., xxni, 14: «Ululate, naves maris, quia dcvastata est fortitudo vestra ; » Jérémie, Ijament., 4 : d Yiac Sion lugcnt, eo quod non sint qui veniant ad solcmnitatem. »
V. 103. Lnlone, mère d'Apollon et de Diane; elle ne pouvait, poursuivie par la colère jalouse de Junon, trouver de lieu sur la terre qui consentit à recevoir son fardeau. Délos enfm lui donn.i l'hospitalité, et c'est là qu'elle accoucha sous un palmier. — Cette comparaison est belle et toute neuve. « Les dieux de la lumière » sont de l'effet le plus poétique. Les grands principes de 1789 sont bien les dieux de la lumière qu'cufanta la Révolution.
V. 105. <c FloHhit, » errait. Flotter correspond ici au grec nXi^iffCi^t. C'est l'expression dont se sert Homère, au 2« vers de VOdyssée, on parlant d'Ulysse a 0; fiiÀx iroA>à -::).').'/ yj/}. »
V. 108. Périphrase un peu embarrassée. Gi\\}eri,Sal.dudix-'huitiènic siècle, a dit plus simplement :
Par d'autres avec art une paume lancée
Va, revient, tour à tour poussée et repoussé*».
cil LE JEU DE PALME.
YII
N*allons pas d*or, de jaspe, avilir à grands frais ii5
Cette vénérable demeure ; Sa rouille est son éclat. Qu'immuable à jamais Elle règne au milieu des dômes, des palais.
Qu'au lit de mort tout Français pleure, S'il n'a point vu ces murs où renaît son pays. lîo
Que Sion, Delphe, et la Mecque, et Sais Aient de moins de croyants attiré l'œil fidèle.
Que ce voyage souhaité Récompense nos fils. Que ce toit leur rappelle Ce tiers état, à la honte rebelle, • m
Fondateur de la liberté :
Comme en hâte arrivait la troupe courageuse,
A travers d'humides torrents
Que versait la nue orageuse ; Cinq prêtres avec eux ; tous amis, lous parents, i30
S'embrassant au hasard dans cette longue enceinte ; Tous jurant de périr ou vaincre les tyrans,
De ranimer la France éteinte ;
y. 121. Sion, tombeau du Christ, Delphes, temple et oracle d'ÂpoUon, la Mecque, où se trouvait la Caaba, Sais, ville d Egypte, dans le Delta, où, dit>on, se trouvait le tombeau d'Osiris (Strabon, XVII, i), sont des sanctuaires religieux et des lieux de pèlerinage qu'André met en opposition avec la salle du Jeu de paume, ce sanctuaire de la liberté.
V. 127. (( Comme, d comment. Les poètes antérieurs à Chénier ne mettaient aucune différence entre comme et comment. Voy. Génin, Lexique de Molière, p. 70. Ce toit leur rappelle comment la troupe courageuse arrivait, en hâte, tous s'embrassant, tous Jurant de périr, etc.
V. 130. Les cinq prêtres sont Besse, curé de Saint-Aubin, bailliage d'Avesnes; Grégoire, curé d'Embermcsnil, bailliage de Nancy ; Jallet, curé de Chérigné, au bas Poitou ; Leccsve, curé de ^aint-Triaize, au bah PoitQu; Ballard, curé du Poiré-de-Velluire, au bas Poitou.