LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Quels maux ont abrégé ses rapides instants ;
Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps.
Ah ! le meurtre jamais n'a souillé mon courage. 2o
Ma bouche du mensonge ignora le langage ,
Et jamais, prodiguant un serment faux et vain,
Ne trahit le secret recelé dans mon sein.
Nul forfait odieux, nul remords implacable
Ne déchire mon âme inqmète et coupable. 50
Vos regrets la verront pure et digne de pleurs.
Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs,
Et ce brillant midi qu'annonçait mon aurore,
Et ces fruits dans leur germe éteints avant d'éclore,
V. 25. C'est ici que commence Timitationjde Tibulle, III, v, 5 :
kl mihi Persephono nigram denunciat boram :
Immerilo juveni parce nocere, dea.
Non ego tentavi, nulli temeranda virorum,
Audax laudandœ sacra docere de».
Nec mea mortiferis infecit pocula succis
Dextera, nec cuiquam tetra venena dédit ; Nec nos sacrilegos templis admovimus ignés ;
Nec cor sollicitant facta nofanda meum ; Nec nos, iusaniae méditantes jurgia linguae,
Impia in adverses solvimus ora deos.
Et nondum cani nigros laesere capillos;
Nec venit tardo curva senecta pede.
Déjà, dans une autre élégie, Tibulle, I, m, 51 :
Parce, paterl timidum non me perjuria terrent, Non dicta in sanctos impia verba deos.
Cf. Ovide, Hér,, XXI, 173; Claudien, Rapide Proa,, II, 257.
Au y. 25, André par le mot meurtre désigne le duel, qu'il détestait, et qu'il flétrît dans ses Œuvres en prose^ p. 49 : a Les femmes... de tout temps admiratrices secrètes ou déclarées de ces assassinats chevaleresques appelés duels, semblent encourager, par d'homicides applaudi«sements, cette férocité lâche et stupide. »
V. 27. Yoy. dans les Œuvres en prose, p. 268, le fragment trôscurieux sur le serment.