‹ Poésies de André ChénierChapitre 172 sur 418 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Si parfois, un penchant impérieux et tendre

Vous guidant vers la tombe où je suis endormi,

Vos yeux en approchant pensent voir leur ami ;

Si vos chants de mes feux vont redisant Thistoire;

Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mémoire, so

Inspirent à vos fils, qui ne m'ont point connu.

L'ennui de naître à peine et de m'avoir perdu!

Qu'à votre belle vie ainsi ma mort obtienne

Tout l'âge, tous les biens dérobés à la mienne;

Que jamais les douleurs, par de cruels combats, 55

N'allument dans vos flancs un pénible trépas ;

Que la joie en vos cœurs ignore les alarmes ;

Que les peines d'autrui causent seules vos larmes ;

Que vos heureux destins, les délices du ciel.

Coulent toujours trempés d'ambrosie et de miel, 6a

Et non sans quelque amour paisible et mutuelle.

Et quand la mort viendra, qu'une amante fidèle.

Près de vous désolée, en accusant les dieux.

Pleure, et veuille vous suivre, et vous ferme les yeux.

Souffre un moment encor : tout n'est que changement. L'axe tourne, mon cœur : souffre encore un moment.

on aurait; admirablement rendus, les deux vers de Virgile, Égl.f X, 33 :

... 0 mihi tum quam moUiter ossa quiescant, Veslra meos olim si tiâtula dicat amores !

V. 54. Sur cette pensée souvent exprimée par les anciens, voy. Élégies, ni, VI, 34.

X. — V. 2. a Axe, • poéti(}ue pour roue, char, Homère, //., XVI, 378, emploie s^Çwv pour rpoxôç '

'Trrô 5' aÇofft f&rti iKtitroi

Et Virple, En., V, 820, axis pour currus :

Tumidamque sub axe louant i

Sternitur aequor aqtii<(. , ,

La vie est-elle toute aux ennuis condamnée ?

L'hiver ne glace point tous les mois de Tannée.

L'Eurus retient souvent ses bonds impétueux ; 5

Le fleuve, emprisonné dans des rocs tortueux,

Lutte, s*échappe, et va, par des pentes fleuries,

S'étendre mollement sur l'herbe des prairies.

C'est ainsi que, d'écueils et de vagues pressé,

Pour mieux goûter le calme il faut avoir passé, 10

Des pénibles détroits d'une vie orageuse.

Dans une vie enfln plus douce et plus heureuse.

La Fortune arrivant à pas inattendus

Frappe, et jette en vos mains mille dons imprévus :

La comparaison de la vie humaine à la roue se retrouve dans Anacréon, Od,, IV :

Tpoxoç &pfiaxoi yàp oTa

Cf. Plutarquc, Cons. ad ApolL, Y; Silius Italicus, Bell. Punie, Vf, 121 ; Hérodien, Hist. rom., I.

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