‹ Poésies de André ChénierChapitre 175 sur 418 · V. 17. La Fontaine, Fables, VIT, xii · texte numérisé non relu

V. 17. La Fontaine, Fables, VIT, xii

11 la trouve assise à la porte De son ami plongé dans un profond sommeil.

' La fortune, avec ses vicissitudes, est un thème éternel de poésie ; Manilius, Aslr.f IV, 78, a dit : a Transit per illum, ex illo fortuna vcnit. & Les tragiques grecs abondent en semblables pensées; c'est comme une leçon perpétuelle qu'ils donnaient aux volages Athéniens. Voy. Sophocle, Ânt.» 1158.

V. 19. Ici se dressent les deux grands noms de Pindare et d*IIorace. -^ Pindare, 01., XII, invoque la Fortune Libératrice :

Tlv yàp iv irôvTO) xuêepvâvrae Boai

v&Si, iv x^P^V '^^ Âxi^inpol TiôlsfAOïf

xocyo/oal |3ovAa^o/soc ' ocr/s fikv àvSp&v

70 A V &voi, rat S' au xàrci)

^txiSvj /xera/Aoljvta T^/xvot—

9ai, y.vXlvSovr* iXitCBsi^ x. r. A.

Et Horace, Od., l, xxxv, s'inspirant du poète thébain :

0 Diva, gratum quœ régis Antium. . . . Te pauper ambit sollicita prece ' Ruris colonus; te dominam scquoris, Quicumque Bithyna lacessit Carpathium pelagus carioa, etc.

A côté de ces belles invocations à la Fortune, on peut mettre les beaux vers de Pétrone, Sat., CXX. Cf. Dante, Div. Com , Enfer, VU. V. 27. Éd. 1826 et 1839 :

•Peu contente le pauvre. 0 belle souveraine I

Peu ; seulement assez pour que, libre de chaîne,

Sur les bords où, malgré ses rides, ses revers,

Belle encor, l'Italie attire Tunivers, 30

Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille !

C'est là que mes désirs m'ont promis un asile ;

C'est là qu'un plus beau ciel peut-être dans mes flancs

Eteindra les douleurs et les sables brûlants.

Là j'irai t'oublier, rire de ton absence ; 5*i

Là, dans un air plus pur respirer, en silence

Et nonchalant du terme où finiront mes jours,

La santé, le repos, les arts et les amours.

Horace, Épit., l, vu, 44 : « Parvum parva décent, d Et Od., III, xvi :

Bene esl cui deus obtulit

Parca, quod satis est, manu.

C'est cette douce médiocrité que le bon la Fontaine, Fab., VII, vi, appelle : c Hère du bon esprit, compagne du repos. » V. 35. C'est la philosophique indifférence d'Horace, Od., III, xxu:

Laudo manentem : si celeres quatit

Peunas, résigne quaB dédit, et mea

Virtale me involvo, probamque

Pauperiem sine dote quœro.

André ne tient pas aux biens de la Fortune ; si la capricieuse déesse les lui enlève, il pourra dire avec Sénèque, Cong, ad Helv., V : c Abstulit illa, non avulsit. »

V. 37. Montaigne, I, xix : a Je veux... que la mort me trouve plantant mes choulx, mais nonchalant d^elle et encores plus de mon jardin impariait. D — a Nonchalant de,.. » Dans notre langue moderne, le mot nonchalant, comme beaucoup d'autres, n'a conservé que le sens dérivé. Cependant l'emploi qu'André fait ici de nonchalant, avec la préposition de, est logique et conforme au sens primitif et vrai de ce mot, qui vient de chaloir, inquiéter, embarrasser. Villon, Grand Testament, LXXI : « Mais de cela il ne m en chault. » Le verbe chaloir était expressif et vif; il est à regretter, ainsi que l'emploi de nonchalant avec complément. Régnier, Sat., VII :

Si l'autre est, au rebours, des lettres nonekalante.

C'est aussi la langue de Pascal, Pensées sur l'éloquence et le style, XVII I : a II (Montaigne) inspire une nonchalance du salut sans crainte et sans repentir. j>

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