‹ Poésies de André ChénierChapitre 176 sur 418 · AUX FRÈRES DE PANGE · texte numérisé non relu

AUX FRÈRES DE PANGE

Vous restez^es amis, dans ces murs où la Seine

Voit sans cesse embellir les bords dont elle est reine,

Et près d'elle partout voit changer tous les jours

Les fêtes, les travaux, les belles, les amours.

Moi, Tespoir du repos et du bonheur peut-être, 5

Cette fureur d'errer, de voir et de connaître,

La santé que j'appelle et qui fuit mes douleurs

(Bien sans qui tous les biens n'ont aucunes douceurs),

A mes pas inquiets tout me livre et m'engage.

C'est au milieu des soins, compagnons du voyage, lO

Que m'attend une sainte et studieuse paix

Que les flèches d'amour ne troubleront jamais.

Je suivrai des amis ; mais mon âme d'avance.

Vous, mes autres amis, pleure de votre absence,

XI. — V. 8. Horace a dit, ÉpU., l, xu, b, que lorsque l'on possède la santé,

Nil

Divitiae polerunt regales addere majus.

Cf. Horace, ÉpU., I, ii,47.— Éd. 18*26 et 1839:

(Bien sans qui tous les biens n'offrent point do douceurb).

Aucun c se met quelquefois au pluriel, » dit rÂcadémie. 11 y en a de nombreux exemples dans Corneille. Racine a dit dans Phèdre :

Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourdMiui.

On citait souvent chez les anciens ce premier vers d'un scolie attribué à Simonide ou à Épicharme (voy. Boissonadc, Lyr. grœc, p. 200] :

'Tyta^veiv /utcv apivrov àv^pX dvarâ.

Un autre vers rendait la même pensée ainsi : I

Oùx sffô' ûys^a^ x^cittov où^sv h ^la,

V. iO. « Soinsi » préoccupations, soucis. La Fontaine, Fab», IX, ii : ,

Au moins que les travaux.

Les dangers, les soins du voyage, j

Changent un peu volrc courage. '

ÏSi ELEGIES.

lit voudrait, partagée en des penchants si doux, i:.

Et partir avec eux et rester près de vous.

Ce couple fraternel, ces âmes que j'embrasse

[)'un lien qui, du temps, craignant peu la menace,

Si perd dans notre enfance, unit nos premiers jours,

Sont mes guides encore ; ils le furent toujours. lO

Toujours leur amitié, généreuse, empressée, ™

A porté mes ennuis et ne s'est point lassée.

Quand Phœbus, que riiiver chasse de vos remparts,

Va de loin vous jeter quelques faibles regards,

Nous allons, sur ses pas, visiter d'autres rives, 2o

Et poursuivre au Midi ses chaleurs fugitives.

Nous verrons tous ces lieux dont les brillants destins

Occupent la mémoire ou les yeux des humains :

Marseille où l'Orient amène la fortune ;

Et Venise élevée à l'hymen de Neptune; so

Le Tibre, fleuve-roi ; Rome, fille de Mars,

Qui régna par le glaive et règne par les arts ;

Athènes qui n'est plus, et Byzance, ma mère ;

Srayrne qu'habite encor le souvenir d'Homère.

(iroyez, car en tous lieux mon cœur m'aura suivi, 55

Que partout où je suis vous avez un ami.

Mais le sort est secret I Quel mortel peut connaître

y. 19. Les Tnidaine avaient été ses camarades au collège de Navarre. V. 23. Le contraire dans Virgile, Géorg., IV, 51 :

Pulsam hiemera sol aureus egii

Sub terras.

V. 31. Virgile, Enéide, VIII, 77, appelle le Tibre : « Hesperidum fluvius regnator aquarum. » Il avait dît de TÉridan, Géorg., I, 482 : a Fluviorum rex Eridanus. )) Stace, SUves, III, v, 101, nomme le Tibre : « Ductor aquarum. »

V. 34i a Srnyrne, 7> une des villes qui ont réclamé l'honneur d'avoir donné naissance à Homère ; voy. Riccius. Diss. hom., p. 15.

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