LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES
Ce que lui porte l'heure et l'instant qui va naître ?
Souvent ce souffle pur dont Thomme est animé,
Esclave d'un climat, d'un ciel accoutumé, 40
Redoute un autre ciel, et ne veut plus nous suivre
Loin des lieux oîi le temps l'habitua de vivre.
Peut-être errant au loin, sous de nouveaux climats.
Je vais chercher la mort qui ne me cherchait pas.
Alors, ayant sur moi versé des pleurs fidèles, 45
Mes amis reviendront, non sans larmes nouvelles.
Vous conter mon destin, nos projets, nos plaisirs.
Et mes derniers discours et mes derniers soupirs.
Vivez heureux ! gardez ma mémoire aussi chère.
Soit que je vive encor, soit qu'en vain je l'espère. so
Si je vis, le soleil aura passé deux fois
Dans les douze palais oîi résident les mois,
D'une double moisson la grange sera pleine.
Avant que dans vos bras la voile nous ramène.
Car, comme le dit Sénèque, Cons. à Polybe : « Nihil ne in totum quidem diem certi est. » Les poètes abondent en pensées sur l'incertitude de l'avenir et sur la fragilité du bonheur ; voy. Pindare, Olymp., II, 55.
Ce que lui porte l'heure ou rinstant qui va naître?
La conjonction et a ici la force de et même. V. 49. TibuUe, III, v, 31 :
Vivite felices, memores et vivite nostri, Sive erimus, seu nos fata fuisse volent.
V. 51-53. Stace, Théb., If, 400, emploie une périphrase analogue : (t Astrifenim veloxjam clrculus orbem torsit. » Malherbe, Stances aux ombres de Damon, p. 57 : '
Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deu)c hivers perdu sa robe verte, Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs.
La Fontaine, Ode IV :
Deux fois l'hiver en ton empire
 ramené les aquilons ;
Et nos climats ont vu l'année
Deux fois de pampres couronnée. ~"
Si longtemps autrefois nous n'étions point perdus ! 5b
Aux plaisirs citadins tout Thiver assidus,
Quand les jours repoussaient leurs bornes circonscrites
Et des nuits à leur tour usurpaient les limites.
Comme oiseaux du printemps, loin du nid paresseux.
Nous visitions les bois et les coteaux vineux, co
Les peuples, les cités, les brillantes naïades ;
Et rhumide départ des sinistres Pléiades
Nous renvoyait chercher la ville et ses plaisirs.
Ou, souvent rassemblés, livrés à nos loisirs.
Honteux d'avoir trouvé nos amours infidèles, es
Disputer des beaux-arts, de la gloire et des belles.
Ah ! nous ressemblions, arrêtés ou flottants.
Aux fleuves comme nous voyageurs inconstants :
Ils courent à grand bruit ; ils volent, ils bondissent ;
Dans les vallons riants leurs flots se ralentissent; 70
Quand Thiver, accourant du blanc sommet des monts,
Vient mettre un frein de glace à leurs pas vagabonds,
Ils luttent vainement, leurs ondes sont esclaves ;
Les a douze palais » représentent les mois ou les douze signes du zodia- (}ue« Employant l'expression technique, Malherbe, p. 145, a dit :
Certes l'autre soleil, d'ane erreur vagabonde, Court inutilement par ses douie tnaiêonM.
Régnier, Sat., V, avait dit avant lui :
Selon que le soleil se loge en ses maisons.