‹ Poésies de André ChénierChapitre 179 sur 418 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Mais le printemps revient amollir leurs entraves,

Leur frein s'use et se brise au soùflle du zéphyr, 75

Et Tonde en liberté recommence à courir.

De Tart de Pyrgotèle élève ingénieux,

Dont, à l'aide du tour, le fer industrieux

Aux veines des cailloux du Gange ou de Syrie

Sait confier les traits de la jeune Marie,

Grave sur Taméthyste ou Tonyx étoile o

Ce que d'elle aujourd'hui les dieux m'ont révélé.

Souvent, lorsqu'aux transports mon âme s'abandonne. L'harmonieux démon descend et m'environne,

Voy. Ovide, Met., ï, 282 ; Lucrèce, VI, 529. La Fontaine, Songe de Vaux :

..... Le ciel armé de vents

Arrêtait le cours des torrents

Et leur donnait un frein de glace,

Ronsard, Od., lY, xxi, avait dit déjà :

. . . Toujours la glace éternelle Des fleuves ne bride le cours.

XII. — La jeune Marie qui est célébrée dans cette élégie serait-elle, dans la pensée du poète, Marie de Médicis? La pièce pourrait être alors imitée d'un poète italien ou d'une poésie latine de l'époque. Le graveur sur pierres fines serait le célèbre Coldoré, valet de chambre de Henri IV. Dans l'ouvrage de Mariette on trouve de lui une gravure sur jaspe de Marie de Médicis. — Dans une autre hypothèse, plus probable peut-être, aurions-nous ici un souvenir du séjour d'André à Rorre? Il y allait beaucoup dans le monde. Dans VElégie XIV il parle d'un cercle nombreux. Cette jeune Marie, ornée de talents, peignant, aimant et cultivant la poésie, toujours entourée d'amis, troupe nombreuse et fidèle, pourrait être la signera Maria Pizzelli, dont parle Dutens dans ses Mémpires {\" vol., p. 291), publiés en 1777, et qui jouait à Rome le rôle d'une marquise de Rambouillet. En 1782, loi*s du séjour à Rome d'Allieri et de la comtesse d'Âlbany, elle était encore dans tout l'éclat de son triomphe. Or André était à Rome dans l'hiver de 1784.

Y, 1. « Pyrgotèle, » graveur célèbre qui vivait au temps d'Alexandre, et qui partagea avec Apelles, le peintre, et Lysippe ou Polyclète, statuaires,

Chante ; et ses ailes d'or, agitant mes cheveux,

Rafraîchissent mon front qui houillonne de feux. 10

11 m*a dit ta naissance, ô jeune Florentine !

C'est vous, nymphes d'Arno, qui des bras de Lucine

Vîntes la recueillir; et vos riants berceaux

L'endormirent au bruit de Tonde et des roseaux;

Et Phœbus, du Cancer hôte ardent et rapide, 15

Ne pouvait point la voir, dans cette grotte humide,

Sous des piliers de nacre entourés de jasmin,

Reposer sur un lit de pervenche et de thym.

Abandonnant les fleurs, de sonores abeilles

Vinrent en bourdonnant sur ses lèvres vermeilles âo

S'asseoir et déposer ce miel doux et flatteur

le glorieux privilège de reproduire les traits du conquérant. Voy. Apulée, Flor., VII; Pline, TU, xxxvn et XXXVII, i; Valère Maxime, VIII, xi.

V. 8. « Démon, » génie, dieu inspirateur; c'est le ^at/Auvdes Grecs. Tous les poètes français l'ont employé dans ce sens. Régnier, Sat., II : Je ne sais quel démon m'a fait deTenir poète.

V. 11. Le passage qui suit est remarquable : il retrace une fiction, une légende religieuse chère à tous les peuples : les Nymphes, les Muses, les Grâces du paganisme, venant, ainsi que les Fées de la Germanie, déposer leurs dons dans le berceau du nouveau-né. C'est l'amour maternel imaginant toutes les délicatesses poétiques et associant les divinités aux destinées de l'enfant. Telle est, dans Pindare, 01., V(, la naissance de Jamus, fils d'Ëvadné et d'Apollon. Cf. Hésiode, Tkéog., 81 ; AIcman (ap. Hephast.) ; Ibicus (Athénée, XIII, 11, p. 564, F). Telle est la naissance de Jupiter, dans Callimaque, Hymne à Jup., 46 ; de Bacchus, dans Ovide, Met., III, 313; de l'Amour, dans le Pervigilium Veneris. — Ronsard, Sonnets pour Hélène, XXXVII :

Les œillets et les lis et la rose vermeille Servirent de berceau; la nature. et les dieux La regardèrent naître en ce mois gracieux; Puis Amour la nourrit des douceurs d'une abeille. Les Muses, Apollon, et les Grâces estoient Tout à l'entour du licl, qui à Tenvy jettoient Des fleurs sur l'angelette

V. 21. Christodore de Coptos dans V Anthologie, II, v. 386, en parlant de Pindare :

TixTO/Aévov yà/9

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