‹ Poésies de André ChénierChapitre 180 sur 418 · LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Qui coule avec sa voix et pénètre le cœur.

Reine aux yeux éclatants, la belle Poésie

Lui sourit et trempa sa bouche d'ambrosie,

Arma ses faibles mains des fertiles pinceaux 'i'j

Qui font vivre la toile en magiques tableaux,

Et mit dans ses regards ce feu, cette âme pure

Qui sait voir la beauté, fille de la nature.

Dne lyre aux sept voix lui faisait écouter

Les sons que Pausilippe est fier de répéter. 30

Et les douces Vertus et les Grâces décentes,

Les bras entrelacés, autour d'elle dansantes,

Veillaient sur son sommeil, et surent la cacher

A Vénus, à l'Amour, qui brûlaient d'approcher ;

Et puis au lieu de lait, pour nourrir son enfance, ztj

Hélèrent la candeur, la gaîté, l'indulgence,

La bienveillance amie au sourire ingénu.

Et le talent modeste à lui seul inconnu.

Et la sainte fierté que nul revers n'opprime,

La paix, la conscience ignorante du crime, 40

V. 29. C'est la lyre qu'Horace invoque, Oé?., III, xi : a Testudo, resonare septem callida nervis. 2> Pindare, iVm., V, 43, l'appelle ô lirrây/uo^ voç (pôpfxtyl.

V. 30. N'est-ce pas, dans la première hypothèse, le poète italien Marini, qui habitait sur le Pausilippe, à qui André ferait ici allusion? Marini, on le sait, a souvent célébré Marie de Blédicis. André feindrait que la Muse ait chanté à Marie au berceau les vers que plus tard devait lui faire entendre Marini.

Page 1