‹ Poésies de André ChénierChapitre 183 sur 418 · LIVRE i. — MÉDITATIONS. — VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE i. — MÉDITATIONS. — VOYAGES

Je n'aurais point en vers de délices trempés,

Et de Tart des plaisirs mollement occupés, lo

Plein des douces fureurs d'un délire profane,

Livré nue aux regards ma Muse courtisane.

J'aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats,

Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ;

Et si du grand César l'invincible génie 20

A Pharsale eût fait vaincre enfin la tyrannie,

J'aurais su, finissant comme j'avais vécu,

Sur les bords africains, défait et non vaincu,

Fils de la Liberté, parmi ses funérailles.

D'un poignard vertueux déchirer mes entrailles ! 25

Et des pontifes saints les bancs religieux

Verraient même aujourd'hui vingt sophistes pieux

Prouver en longs discours appuyés de maximes

Que toutes mes vertus furent de nobles crimes ;

Que ma mort fut d'un lâche, et que le bras divin 5(>

M'a gardé des tourments qui n'auront point de fin.

Mais, mes deux amis, mes compagnons, je ne veux pomt souhaiter un monde meilleur où vous ne seriez pas ! Plût au ciel que nous y eussions été ensemble. Nous aurions formé un triumvirat plus vertueux que celui... Mais vivons comme ces grands hommes. Que la fortune en agisse avec nous comme il lui plaira : nous sommes trois < antre elle (*). (Tout cela doit être fait de verve c! sur les lieux.) (*).

V. 23. Montaigne, I, xxx : a Celui qui tombe obstiné en son courage., il est battu non pas de nous mais de la fortune ; il est tué, non p: vaincu. »

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