‹ Poésies de André ChénierChapitre 224 sur 418 · LIVRE II. — LYCORIS · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LYCORIS

Ces amis m'étaient chers ; ils aimaient ma présence.

Je ne veux qu'être seul, je les fuis, les- offense.

Ou bien, en me voyant, chacun avec effroi

Balance à me connaître et doute si c'est moi.

Est-ce là cet ami, compagnon de leur joie, 2îi

A de jeunes désirs comme eux toujours en proie.

Jeune amant des festins, des vers, de la beauté?

Ce front pâle et mourant, d'ennuis inquiété,

Est celui d'un vieillard appesanti par l'âge.

Et qui déjà d'un pied touche au fatal rivage. 30

Sans doute, Lycoris, oui, j'ai fini mon sort

Quand tu ne m'aimes plus et souhaites ma mort.

Amis, oui, j'ai vécu ; ma course est terminée.

Chaque heure m'est uajour, chaque jour une année;

Les amants malheureux vieillissent en un jour. S5

V. 26. <( Jeunes désirSf » expression qu'André avait dû remarquer dans Malherbe [p. 191 et 2U).

Y. 27. Solon (Plutarque, Banquet des Sept sages) :

"Epyu Si Ku7r/9oycvoD{ vOv fiot fiXx xal Acovû^ou, xal M.OM7ioiVf oc riOrtv* uvSpckviv ihfpovûvaq.

V. 30. Une note d'André sur Malherbe, p. 79, trouve ici son application. |Ixi mot fatal est dans le vrai sens du latin. On ne l'emploie plus ains*. C'est une richesse véritable.]

Y. 33. Yers emprunté à Yirgile, En., lY, 653 :

Yixi, et, quem dederat cur&um Fortuna, percgi.

Y. 34. Lucien, Anal., II, p. 314, xxix :

Totffc fikv il npârroMvtv unaç b ^ioi jâpa^ûf è^Ti* ToT{ ik xoMûi, /4.1a. v\j% ôinXerôi ion xP^^^î.

Yirgile, Égl., YIII, 43, a dit :

Hacc lux toto jam longior anno est.

Cf. Ronsard, Chanson et sonnet à Marie. — La Fontaine, Œuvr. div., Égl., n'a-t-il pas dit : « Tout est siècle aux amants? » Et Hacine, Frères ennemis, II, f, dans un passage qui est une véritable élégie dans le goût d'André Ghénier :

Un moment, loin de vous, me durait une année ?

Y. 55. Théocrite, !d., XII, 2 :

Ah ! n'éprouvez jamais les douleurs de l'amour :

Elles bâtent encor nos fuseaux si rapides ;

Et, non moins que le temps, k tristesse a des rides.

Quoi, Gallus ! quoi ! le Aort, si près de ton berceau,

Ouvre à tes jeunes pas ce rapide liimbeau ? io

Hélas ! mais quand j'aurai subi ma destinée,

Du Létbé bienfaisant la rive fortunée

Me prépare un asile et des ombrages verts :

Là, les danses, les jeux, Iq^ suaves concerts.

Et la fraîche naïade, en ses grottes de mousse, 45

S'écoulant sur des fleurs, mélancolique et douce.

Là, jamais la beauté ne pleure ses attraits :

Elle aime, elle est constante, elle ne ment jamais ;

Là, tout choix est heureux, toute ardeur mutuelle.

Et tout plaisir durable, et tout serment fidèle. 50

Que dis-je? on aime alors sans trouble ; et les amants,

Ignorant le parjure, ignorent les serments.

Venez me consoler, aimables héroïnes.

0 Léthé! fais-moi voir leurs retraites divines;

Hésiode, Op. et dies, 93, avilit rendu la même pensée d'une façon plus générale :

AX^a 7 à/9 ev xaxÔT>7TC ^poroï xxroi.yripiaxo\)vi.

Parny, Poés. érot., III, x :

Quand le feu du désir nous brûle, Hélas ! on vieillit dans un jour!

V. 39. C'est à la X« Églogue de Virgile qu'André emprunte le nom de Gallus, sous lec[uel il se plaît à chanter ses tourments et l'abandon de ringrate Lycoris.

V. 44. Cette poétique description semble inspirée de Tibiille, I, m, 58 :

Ipsa Venus campos ducet in Elysios.

Hic choreœ canlusque vigent ;

Hic juvenum séries teneris iramixta puelljs

Ludit et adsidue prœlia miscet amor.

On peut relire les vers de Virgile, Enéide, VI, 640. — Bertin, Am., T, XIII, a fort médiocrement imité Tibulle ; il est bien le poète de son Elysée, où les nymphes forment des pas divers et où l'Écho redit les plus aimables vers.

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