LIVRE II. — CAMILLE
Viens me verser la paix et l'oubli de mes maux. $5
Ensevelis au fond de tes dormantes eaux
Le nom de Lycoris, ma douleur, mes outrages.
Un jour peut-être aussi, sous tes riants bocages,
Lycoris, quand ses yeux ne verront plus le jour,
Reviendra tout en pleurs demander mon amour ; 60
Me dire que le St}x nie la reûd plus sincère.
Qu'à moi seul désormais elle aura soin de plaire ;
Que cent fois, rappelant notre antique lien,
Elle a vu que son cœur avait besoin du mien.
Lyooris à mes yeux ne sera plus charmante : 65
Pourtant... 0 Lycoris! ô trop funeste amante!
Si tu lavais voulu, Gallus, plein de sa foi,
Avec toi voulait vivre et mourir avec toi.
lY
Mes chants savent tout peindre ; accours, viens les entendre ;
Ma voix plaît, ô Camille, elle est flexible et tendre.
Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts.
Les Muses, le printemps, habitent dans mes vers.
Le baiser dans mes vers étincelle et respire. 5
V. 56. Horace, Épodes, XIY : c Poçula Letliaeos ducentia somnos. »
V. 60. La Fontaine, Fab., XII, xxvi, a imaginé la même fiction lorsque Alcimadure rejoint Daphnis aux enfei's :
Cependant de Daphnis l'ombre au Slyx descendue Frémit et s'étonna, la voyant accourir.
Tout rÉrébe entendit cette belle homicide S'excuser au berger, qui ne daigna l'ouïr, Pas plus qu'Âjax Ulysse et Didon son perfide.
V. 68. Le Brun, s'inspirant comme André de la X* églogue de Virgile, termine ainsi son élégie sur VInfidélîté d'une amante :
J'eus. e été trop heureux si les destins jaloux M'eussent permis de vivre ou d'expirer pour vous.
Pensée qui rappelle la chute célèbre d'une ode d'Horace (III, ix) :
Tecum vivere amem, lecum obeam libens.
La source au pied d'argent, qui m'arrête et soupire,
Y roule en murmurant son flot léger et pur.
Souvent avec les cieux ils se parent d'azur.
Le souffle insinuant, qui frémit sous Tombrage,
Voltige dans mes vers comme dans le feuillage. lO
Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs.
Soit les fleurs dont Tété ranime les couleurs.
Soit celles que seize ans, été plus doux encore,
Sur ta joue innocente ont Tart de faire éclore.
Va, sonore habitant d^ la sombre vallée. Vole, invisible écho, voix douce, pure, ailée. Qui, tant que de Paris m'éloignent les beaux jours. Aimes à répéter mes vers et mes amours.
IV. V. 6. Yoy. ci-dessus, Élég., XXI, 47. Cf. Hésiode, Théog., 1006; Orphée, Arg., 383. Pindare, Pyth., IX, 16 : « "A/jyvpôneÇ' 'Afi^oSlra. » La Fontaine, Fab., XI, vi, a dit :
De l'astre au front if argent la face circulaire.
V. 13. Comparaison fréquente chez les poètes. Térence, Eunuchus, II, IV, 25 :
Color verus, corpus solidum, et succi plénum.— Ânni?— Anni sedecim, '— Flos ipse*
Voy. le Tasse, Aminte, II, 1. — Cette Camille est-elle la Camille de la ÏMtnpe ? Certainement non. André a chanté plusieurs femmes sous le nom de Camille. H. de Latouche d'ailleurs a peut-être mis le nom de Camille oà André avait mis, soit un autre nom, soit des points. V. — V. 1. Archias, ArUh., Pl.^ 94 :
'H^ù, ipvifJLCtiiii iwitireipa vdicv)^.
Théœtétus, Anth., PI., 233 : a 'H 'Opia&ayfXoç 'A^oi. » — Filidare,0/., XIV, prie l'Écho de porter jusqu'aux enfers à Cléomane la nouvelle de la victoire de son fils. Ronsard, Stance» pour Hélène, a dit :
Écho, 611e de Tair, hostesse solitaire
Des rochers, où souvent tu mé vois retirer.
V. 2. « Voix ailée ; » c'est l'expression homérique, iicc« TvttpétrcoL,