LIVRE II. — CAMILLE
Les cieux sont enflammés. Vole, dis à Camille 5
Que je Tattends ; qu'ici, moi, dans ce bel asile, Je Tattends ; qu'un berceau de platanes épais. Le même, en cette grotte, oîr l'autre jour au frais. Pour nous, s'il lui souvient, l'heure ne fut point lente... Va. Sous la grotte, ici, parmi l'herbo odorante, lo
D'où l'œil même du jour ne saurait approcher, Et qu'égayé, en courant, l'eau, fille du rocher...
Chez toi, dans cet asile où le soir me ramène, Seul, je mourais d'attendre, et tu ne venais pas.
V. idf, « L'œil du jour. » Expression fréquente chez les poctc». Euripide, Iph. in Taur., 194 : « 'Upbv oij.fA* aùvâç. » Au vers 110 on trouve déjà : « NuxTÔs ofifia. » Ovide, Met., IV, 228, nomme le soleil ocultts niitndi. Burmann remarque que Maniliiis, Astr., 1, 133, appelle les étoiles mt/mfi oculos. Dans Théophile on rencontre très-souvent cette expression; par exemple, éd. 1627, p. 162 :
Il me semble que Vœil du jour Me me luit plus qu'avecque peine.
La Fontaine, dans le Songe de Vaux :
L'éclat de ses habils fait honte à l'œil du jour.
V. 12. Ronsard, Ewymédon et Callirée, chant : Ah ! belle Eau-Vive, ah ! fille d'un rocher.
YI. — Voy. Pamy, le Cabinet de toilette, Poés. érot., IIF, vu. L'éditeur de Parny a heureusement rapproché de ces vers ce passage de Rousseau, Nouvelle Héloïse : a Me voici dans ton cabinet ; me voici dans le sanctuaire de tout ce que mon cœur adore... que ce mystérieux séjour est charmant! tout y flatte et nourrit l'ardeur qui me dévore [')... je crois entendre le son flatteur de ta voix. .. Julie, je te vois, je te sens partout. »
{*) Voilà un vers élégiaque (eut fait et digne d'André Chénier. Comparez ce passage de Rousseau avec les vers 5-7 de la seizième élégie du livre I*'.
23i. ÉLÉGIES.
Ces glaces, tant de fois belles de ta présence,
Ces coussins odorants, d*aromates remplis.
Sous tes membres divins tant de fois amollis : 5
Ces franges en festons que tes mains ont touchées ;
Ces fleurs dans les cristaux par toi-même attachées ;
L*air du soir si suave à la fin d*un beau jour.
Tout embrasait mon sang : tout mon sang est amour.
Non, plus de jeux jamais, non, jamais plus d'ivresses lO
N*ont chatouillé ce cœur afTamé de caresses.
VU
Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude.
0 Camille ! Tamour aime la solitude.
Ce qui n*est point Camille est un ennui pour moi.
Là, seul, celui qui t'aime est encore avec toi.
Que dis-je ? Ah ! seul et loin d'une ingrate chérie, s
Mon cœur sait se tromper. L'espoir, la rêverie,
La belle illusion la rendent à mes feux.
Hais sensible, mais tendre, et comme je la veux :
De ses refus d'apprêt oubliant l'artifice.
Indulgente à l'amour, sans fierté, sans caprice, 10
De son sexe cruel n'ayant que les appas.
Je la feins quelquefois attachée à mes pas ;
Je l'égaré et Tentrame en des routes secrètes ;
Absente, je la tiens en des grottes muettes...
Mais présente, à ses pieds m'attendent les rigueurs, 15
VII. —V. 14. Ainsi dans Virgile, En,, IV, 83, Didon séparée d*Énée : .... Illum absens alisentem auditque Tidelque.
Voy. même livre, Élégie, Xî, 39.
V. 45. Présent, que donnent les éd. 1819 et 1833, ne doit être qu'une faute d'impression.