‹ Poésies de André ChénierChapitre 238 sur 418 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Quel orage suivra ce banquet tant vanté, m

S'il faut qu'à son oreille un mot en soit porte' !

Oh ! vous ne savez pas jusqu'où va son empire.

Si j'ai loué des yeux, une bouche, un sourire;

Ou si, près d'une belle assis en un repas.

Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas, 20

Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injure :

Un mot, un geste, un rien, tout était un parjure.

« Chacun pour cette belle avait vu mes égards ;

Je lui parlais des yeux, je cherchais ses regards. »

Et puis des pleurs ! des pleurs, que Memnon sur sa cendre 25

A sa mère immortelle en a moins fait répandre.

Que dis-je? sa vengeance ose en venir aux coups ;

Elle me frappe. Et moi, je feins, dans mon courroux.

De la frapper aussi, mais d'une main légère.

Et je baise sa main impuissante et colère ; 30

Car ses bras ne sont forts qu'aux amoureux exploits.

Page 1