LIVRE II. — CAMILLE
Ah ! je Taimais alors ! Je Taimerais encore,
Si de tout conquérir la soif qui la dévore eo
Eût flatté mon orgueil au lieu de Toutrager,
Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger,
Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre,
Si je ne l'abhorrais ! Ah ! qu'un cœur est à plaindre
De s'être à son amour longtemps accoutumé, 65
Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé !
Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle?
Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle :
Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,
Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets : 70
Que tous deux en riant ils me nomment peut-être ;
De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître ;
Qu'un autre ait ses baisers, son cxBur ; qu'une autre main
Poursuive lentement des bouquets sur son sein?
Un autre ! Ah! je ne puis en souffrir la pensée ! "5
Riez, amis, nommez ma fureur insensée.
Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars
Me coucher sur sa porte, implorer ses regards :