‹ Poésies de André ChénierChapitre 245 sur 418 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Ah ! je Taimais alors ! Je Taimerais encore,

Si de tout conquérir la soif qui la dévore eo

Eût flatté mon orgueil au lieu de Toutrager,

Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger,

Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre,

Si je ne l'abhorrais ! Ah ! qu'un cœur est à plaindre

De s'être à son amour longtemps accoutumé, 65

Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé !

Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle?

Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle :

Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,

Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets : 70

Que tous deux en riant ils me nomment peut-être ;

De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître ;

Qu'un autre ait ses baisers, son cxBur ; qu'une autre main

Poursuive lentement des bouquets sur son sein?

Un autre ! Ah! je ne puis en souffrir la pensée ! "5

Riez, amis, nommez ma fureur insensée.

Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars

Me coucher sur sa porte, implorer ses regards :

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