LIVRE II. — CAMILLE
De venir la surprendre au moment que ses yeux 15
S'efforcent de s'ouvrir à la clarté des deux,
Douce dans son éclat, et fraîche et reposée,
Semblable aux autres fleurs, filles de la rosée !
Oh! quand j'arriverai, si, livrée au repos.
Ses yeux n'ont point encor secoué les pavots, îo
Oh ! je me glisserai vers la plume indolente.
Doucement, pas à pas, et ma main caressante
Et mes fougueux transports feront à son sommeil
Succéder un subit, mais un charmant réveil ;
Elle reconnaîtra le mortel qui l'adore, 25
Et mes baisers longtemps empêcheront encore
Sur ses yeux, sur sa bouche, empressés de courir.
Sa bouche de se plaindre et ses yeux de s'ouvrir.
Mais j'entrevois enfin sa porte souhaitée.
Que de bruit ! que de chars ! quelle foule agitée ! so
Tous vont revoir leurs biens, leurs chimères, leur or.
Et moi, tout mon bonheur, Camille, mon trésor.
Hier, quand malgré moi je quittai son asile.
Elle m'a dit : « Pourquoi t'éloigner de Camille ?
Tu sais bien que je meurs si tu n'es près de moi. n 35
Ma Camille, je viens, j'accours, je suis chez toi.
Le gai'dien de tes murs, ce vieillard qui m'admire,
Y. 15. Vo^., dans VArt d'aimer, la même pensée traitée autrement :
Viens près d'elle au matin, quand le dieu du repos, etc.
Cf. Gent. Bernard, Art (Vaiûier, Il :
C'est au matin qu'un amant plus heureux, etc.
V. 16. Properec n'a pas omis ce détail ravissant; mais dans Properce, î, m, 31, c*est la lune qui envaliit la chambre de la belle dormeus"* :
Donec diversas percurrens luna fcnestras,
Luna moraluris sedula lumiuibus, Composites levibus radiispatefecil ocelles.
V. 21 . a Ixi plume indolente. » Avec quel art André relève un détail un peu erotique par une épithète toute poétique ! Jamais, comme Bertin, Am., I, IV, il n'aurait peint la Pudeur entre deux draps.
M*a vu passer le seuil et s*est mis à sourire.
Bon ! j'ai su (les amants sont guidés par les dieux)
Monter sans nul obstacle et j'ai fui tous les yeux. 40
Ah! que vois-je?... Pourquoi ma porte accoutumée,
Cette porte secrète, est-elle donc fermée?
Camille, ouvrez, ouvrez, c'est moi. L'on ne vient pas.
Ciel ! elle n'est point seule! On murmure tout bas.
Ah! c'est la voix de Lise. Elles parlent ensemble. 4:.
On se hâte ; l'on court ; on vient enfin ; je tremble.
Qu'est-ce donc? A m'ouvrir pourquoi tous ces délais?
Pourquoi ces yeux mourants et ces cheveux défaits ?
Pourquoi cette terreur dont vous semblez frappée?
D'où vient que me voyant Lise s'est échappée? bo
J'ai cru, prêtant l'oreille, ouïr entre vous deux
Des murmures secrets, des pas tumultueux.
Pourquoi cette rougeur, cette pâleur subite?
Perfide ! un autre amant ?... Ciel ! elle a pris la fuite.
Ah ! dieux ! je suis trahi. Mais je prétends savoir... bs
Lise, Lise, ouvrez-moi, parlez ! mais fol espoir !
La digne confidente auprès de sa maîtresse
Lui travaille à loisir quelque subtile adresse.
Quelque discours profond et de raisons pourvu.
Par qui ce que j'ai vu, je ne l'aurai point vu. go