‹ Poésies de André ChénierChapitre 262 sur 418 · LIVRE II. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CAMILLE

Et tu sers aux plaisirs d'un rival qui m'opprime ! Tu peux, fausse comme elle et comme elle sans foi, Être encor pour autrui ce que tu fus pour moi, 20

Montrant à d'autres yeux, que tu guides sur elle, Combien elle est perfide et combien elle est belle !

— Poète malheureux, de quoi m'accuses-tu?

Pour te la conserver j'ai fait ce que j'ai pu.

Mes yeux dans ses forfaits même ont su la poursuivre, 2S

Tant que ses soins jaloux me permirent de vivre.

Hier, elle semblait en efforts languissants

"Avoir peine à traîner ses pas et ses accents.

Le jour venait de fuir, je commençais à luire

Sa couche la reçut, et je l'ouïs te dire :o

Que de son corps souffrant les débiles langueurs

D'un sommeil long et chaste imploraient les douceurs.

Tu l'embrasses, tu pars, tu la vois endormie.

A peine tu sortais, que cette porte amie

S'ouvre : un front jeune et blond se présente, el je vois 55

Un amant aperçu pour la première fois.

Elle alors d'une voix tremblante et favorable

Lui disait : « Non, partez ; non, je suis trop coupable. »

Elle parlait ainsi, mais lui tendait les bras.

Le jeune homme près d'elle arrivait pas à pas. 40

Alors je vis s'unir ces deux bouches perfides.

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