LIVRE lï. — CAMILLE
Je suis né pour Tamour, j'ai connu ses travaux;
Mais certes sans mesure il m'accable de maux.
A porter ce revers mon âme est impuissante.
Et quoi ! beauté divine, incomparable amante,
Je vous perds ! Quoi I par vous nos liens sont rompus ! 5
Vous le voulez ; adieu, vous ne me verrez plus :
Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.
Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre!
Mais vous filtes toujours l'arbitre de mon sort ;
Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. lO
Oui, sans mourir, hélas ! on ne perd point vos charmes.
Ah! que n'êtes-vous là pour voir couler mes larmes.
Pour connaitre mon cœur, vos fers, vos cruautés,
Tout l'amour qui m'embrase et que vous méritez !
Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire?) 15
Qu'aisément de vos traits on bannit la mémoire;
Que jusqu'ici vos bras inconstants et légers
Ont reçu mille amants comme moi passagers ;
Que l'ennui de vous perdre, où mon âme succombe.
N'a d'aucun malheureux accéléré la tombe. 20
Comme eux j'ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser ;
De vous, comme eux encor, je pourrai me passer.
Mais quoi ! je vous jurai d'éternelles tendresses !
Et quand vous m'avez fait, vous, les mêmes promesses,