‹ Poésies de André ChénierChapitre 269 sur 418 · LIVRE lï. — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE lï. — CAMILLE

Je suis né pour Tamour, j'ai connu ses travaux;

Mais certes sans mesure il m'accable de maux.

A porter ce revers mon âme est impuissante.

Et quoi ! beauté divine, incomparable amante,

Je vous perds ! Quoi I par vous nos liens sont rompus ! 5

Vous le voulez ; adieu, vous ne me verrez plus :

Du besoin de tromper ma fuite vous délivre.

Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de vivre!

Mais vous filtes toujours l'arbitre de mon sort ;

Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort. lO

Oui, sans mourir, hélas ! on ne perd point vos charmes.

Ah! que n'êtes-vous là pour voir couler mes larmes.

Pour connaitre mon cœur, vos fers, vos cruautés,

Tout l'amour qui m'embrase et que vous méritez !

Pourtant, que faut-il faire? on dit (dois-je le croire?) 15

Qu'aisément de vos traits on bannit la mémoire;

Que jusqu'ici vos bras inconstants et légers

Ont reçu mille amants comme moi passagers ;

Que l'ennui de vous perdre, où mon âme succombe.

N'a d'aucun malheureux accéléré la tombe. 20

Comme eux j'ai pu vous plaire, et comme eux vous lasser ;

De vous, comme eux encor, je pourrai me passer.

Mais quoi ! je vous jurai d'éternelles tendresses !

Et quand vous m'avez fait, vous, les mêmes promesses,

Page 1