‹ Poésies de André ChénierChapitre 308 sur 418 · V. 64. Voy. Virgile, Égl., X · texte numérisé non relu

V. 64. Voy. Virgile, Égl., X

y. 66. Ovide exilé, on ne sait pour quel motif, à Tomes, près des bouches du Danube, ne cessa d'adresser à l'empereur les plus basses flatteries; c'est dans cet exil qu'il composa les Tristes, où il peint son infortune, sa solitude dans un pays où ne l'avaient suivi ni famille ni ami.

Y. 78. Voy. la m*me pensée, Élégies, I, xiv. — André se souvenait certainement des vers qu'Homère, Iliade, X, 224, met dans la bouche de Diomède :

20v Te Jû' ipyo/jÀvùt, xaC rs itpb o tou Ivoïj«v, ornzaç xipSoç in

vers que dans l'antiquité on citait communément et pour ainsi dire proverbialement (Eust., Comm. ad II., p. 800). Cf. Platon, le Banquet; Gicéron, ad Div., IX, vu ; ad AU , IX, vi. Mais voyez surtout le beau passage où Arislote, de Monbus, VIII, i, dit, en citant le SOv rs Su ipX^H^^^9 9^^ dans ladver^Ué comme dans toutes les misères de la vie

Dédaigne de nous voir, entre ses favoris,

Charmer de l'Hélicon les bocages fleuris?

Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple, 85

Où la félicité les reçut dans son temple.

Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau.

De leur double laurier su ravir le plus beau.

Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir Fun et Tautre.

Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre : 9i»

Ce cœur fut leur génie, il fut leur Apollmi,

Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon.

Castor charme les dieux et son frère Tinspire;

Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre;

C*est près de Pollion, dans les bras de Yarus, 95

Que Virgile envia le destin de Nisus.

Que dis-je? ils t*ont transmis ce feu qui les domine.

N*ai'je pas vu ta Muse au tombeau de Racine,

Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs

Que jadis Simonide anima de ses pleurs ? loo

Et toi, dont le génie, amant de la retraite.

Et des leçons d'Ascra studieux interprète,

Tamitié est Tunique refuge des hommes. Car unis, dit-il, ils sont voijixxi Haï itpâÇac ^uvarcarsjBot.

V. 95. L*amitié de Castor et de Pollux est célèbre. Après la mort de Castor, tué par Lyneée, PoUux (immortel parce qu'il était fils de Jupiter] obtint de partager son immortalité avec son frère ; voy. ÂpoUodore, III, Il ; Homère, Odyss., XI, 298.

V. 96. Pollion et Varus, amis de Yirgile, que le pocte a célébrés dans ses églogues. Voy. l'épisode de Nisus, Enéide, IX.

V. 98. Fils de l'auteur du poème de la Religioti et petit-fils du grand Racine. Il mourut à Cadix, lors du désastre qui détruisit Lisbonne et qui ébranla toute la côte de Portugal et d'Ë^gne. [Note d^ André Chénier.)

y. 100. Simonide, en effet, excellait, comme le dit André, à faire- gémir la lyre de douleurs ; voy. Anlh. Grolii, I, tit. LXVII, ép. x et xi; dans la seconde de ces épigrammcs, on lui donne Vé^ithèieàeii9vfiihfB6yyoç.

V. 102. c lyAscra » répond à l'adjectif latin Ascrœm, Yirgile, Géorg.f II, 176 :

Âdcrœumque cano Roraana per oppida carmen.

Accompagnant Tanj^ëe en ses douze palais.

Etale sa richesse et ses vastes bienfaits;

Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée, W

Quand ils vont couronner cette vierge adorée,

Dont par la main du temps Tempire est respecté,

Et de qui la vieillesse augmente la beauté !

L'homme insensible et froid en vain s'attache à peindre

Ces sentiments du cœur que Tesprit ne peut feindre ; 110

De ses tableaux &rdés les frivoles appas

N'iront jamais au cœur dont ils ne viennent pas.

Eh ! comment me tracer, une image fidèle

Des traits dont votre main ignore le modèle ?

Mais celui qui, daiis soi descendant en secret, lis

Le contemple vivant, ce modèle parfait.

C'est lui qui nous enflaname au £au qui le dévore ;

Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore ;

Lui qui trace, en un vers des Muses agréé,

Un sentiment profond que son cœur a créé. m

Aimer, sentir, c'est là cette ivresse vantée

Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée.

Calliope jamais daigna-t-elle enflammer

Un cœur inaccessible à la douceur d'iaimer ?

Non : Tamour, l'amitié, la sublime harmonie, iî5

Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie ;

Même soufHe anima le poète charmant,

L'ami religieux et le parfait amant ;

Ce sont toutes vertus d'une âme grande et fière.

Bavius et Zo'ile, et Gacon et Linière, 130

AtcrOf ville de Béotie, près de Thespies, putrie d'Héûdda, comme le dit Strabon, IX, 11, 25, citant le propre témoignage d'Héaiodo, Op. et

Y. 106. Érigone, qui se pendit de désespoir après la mort de son père. (Hyg.,430.^

V. 130. Bavius, mauvais poëte latin; voy. Virgile, Égl., IIÏ, 90. -^ Zoïle, le détracteur d'Homère (ô/i>7^o/uid9r<Ç) ; voy. Fragm» Hist. Grœc,

Aux concerts d*Apollon ne furent point admis, Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis.

Et ceux qui, par leurs mœurs dignes de plus d'estime.

Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime.

Voyez-les dans des vers divins, délicieux, 135

Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux;

Badinage insipide où leur ennui se joue,

Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue.

Voyez si d'une belle un jeune amant épris

A tressailli jamais en lisant leurs écrits ; 140

Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes,

De la sainte amitié respirèrent les flammes.

0 peuples de héros, exemples des mortels !

C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels ;

C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athène, i45

Aux temps sanctifiés par la vertu romaine,

Quand l'âme de Lélie animait Scipion,

Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion ;

C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie.

Où les vertus étaient les lois de la patrie. iso

0 demi-dieux amis ! Atticus, Cicéron,

Didot, II, p. 85. — Gacon, poëte satirique français du dix-septième siècle, le détracteur scandaleux deBoileau et de J.-B. Rousseau. — ^^nière, poète satirique du dix-septième siècle, l'ennemi déclaré de Chapelain (Boileau, Sat., IX) ; Boileau, ÉpU., VH, l'appeUe de Senlis le poëte idiot.

V. 147. PluUrque, An sent sU ger. resp., XXVII, dit qu'en toute occasion Scipion prenait conseil de Lélius, ce qui faisait dire que Lélius était le poète et Scipion l'acteur.

V. 148. Lorsque Phocion, condamné à mort par les ingrats Athéaiens, fut au moment de boire la ciguë, Nicoclès lui demanda comme dernière faveur de boire avant lui : Phocion lui tendit la coupe. (Plutarque, Phoc., XXXVI).

V. 151. Corneille, Cinna, I, m, emploie la même expression quand il parle

9e ces fameux proscrits, ces demi-dieux mortels.

Gaton, Brutiis, Pompée, et Sulpice et Vairon !

Ces héros, dans le sein de leur ville perdue,

S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.

Unis par la vertu, la gloire, le malheur, im

Les arts et Tamitié consolaient leur douleur.

Sans Faniitié, quel antre ou quel sable infertile

N'eût été pour le sage un désirable asile.

Quand du Tibre avili le spectre ensanglanté

Armait la main du vice et la férocité; m

Quand d'un vrai citoyen l'éclat et le courage

Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage ;

Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat.

Étaient pour l'apaiser roffi*ande du Sénat ?

Thraséa, Soranus, Sénécion, Rustique, 165

Vous tous, dignes enfants de la patrie antique.

Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,

Braver du scélérat les indignes faisceaux,

Du lâche délateur l'impudente richesse,

Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse. 170

Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,

Garder une patrie et des lois et des mœurs ;

Traverser d'un pied sûr, sans tache, sans souillure.

Les flots contagieux de cette mer impure ;

Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, 175

Saint-Lambert, Été, appelle le sénat romain

Conseil de demi-dieux qu'adore Tunivers.

Et Gilbert, Sot. du dix-neuvième siècle, s'est écrié :

Quels demi-^ieux enfin nos jours ont-ils vus naître ?

V. 175. André a transporté cette belle pensée dans V Hermès, en la généralisant :

La patrie, au milieu des cnbûches, des traîtres, Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtre», Cherche co qu'ils feraient en un danger pareil, Et des siècles vieillis assemble le conseil.

Et le flambeau des mâles aïeux n'est-ce pas cette clarté que, dans une note de V Hermès, il compare à h queue étincelante des comètes?

Sur ce monde profane un monde vertueux.

Oh ! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives,

Amitié ! de leur gloire ennoblis nos archives.

Viens, viens : que nos climats, par ton souffle épurés,

Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. 180

Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse

Descendre des Vertus la troupe radieuse.

De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein.

Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.

Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, 4S5

Chasse de leur empire et la haine et Tenvie :

Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis;

Pour conserver leur trône ils doivent être unis.

Alors de l'univers ils forcent les hommages :

Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images ; 190

Tout devient juste alors ; et le peuple et les grands.

Quand l'homme est respectable, honorent les talents.

Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle

La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle ;

La main de Phidias créa des immortels, 195

Et Smyrne à son Homère éleva des autels.

Nous, amis, cependant, de qui la noble audace

Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,

Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis.

Soyons cités comme eux entre les vrais amis ; soo

Qu'au delà du trépas notre âme mutuelle

Vive et respire enoor sur la lyre immortelle;

Que nos noms soient sacrés ; que nos chants glorieux

Y. 202. N'est-ce |)fts la peasée de Théocritc, ïdyl, XII, 18 :

Fevêaig Sk $tr,;<07i-^(jtv «Tretra

Soient pour tous les amis un code précieux ;

Qu'ils trouyent dans nos vers leur âme et leurs pensées; 205

Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées,

Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour

D'être chez leurs neveux imités à leur tour.

Laisse gronder le Rhin et ses flots destructeurs,

Muse ; va de Le Brun gourmander les lenteurs.

Vole aux bords fortunés où les champs d'Elysée

De la ville des lis ont couronné l'entrée ;

Aux lieux où sur l'airain Louis ressuscité î,

Contemple de Henri le séjour respecté.

Et des jardins royaux l'enceinte spacieuse.

Abandonne la rive où la Seine amoureuse,

Lente et comme à regret quittant ces bords chéris.

Du vieux palais des rois baigne les murs flétris, lo

Et des fils de Gondé les superbes portiques.

III. — Cette épitre semble imitée d'Ovide, Tristes, III, vu :

Vade salutatum subito, perarata, Periliam

Littera, sermonis fida ministra mei.

Aut illam inventes dulci cum matre sedentem,

Aut inter libros Pieridasque suas.

Quidquid aget, cum te scierit venisse, relinquel :

Nec mora, quid venias, quidve requiret, agam. ■

L'épitre d'André a aussi le plus grand rapport avec celle de Stace à Victo-

rius Harcellus [Sylves, IV, iv) . Stace, comme André, trace à sa Muse le

chemin qu'elle doit suivre pour aller trouver son ami. V. 2. André s'adresse i sa Huse, eommo Horace dani Vipître à Cehus

(ï, vm) :

Cel&o gaud«r« et base rani g«^ere Albinovano, Musa rogata, refer, comiti scribteque Neronis.

V. 10. Le Brun était alors logé au Louvre ; mais Tété sans doute il allait habiter Passy : c'était U son Hélicon, comme le dit André. Y. 1 1 . Le Brun était né à l'hôtel de Gonti.

Suis ces fameux remparts et ces berceaux antiques

Où, tant qu'un beau soleil éclaire de beaux jours,

Mille chars élégants promènent les amours.

Un Paris tout nouveau sur les plaines voisines lô

S'étend, et porte au loin, jusqu'au pied des collines.

Un long et riche amas de temples, de palais.

D'ombrages où l'été ne pénètre jamais :

C'est là son Flélicon. Là, ta course fidèle

Le trouvera peut-être aux genoux d'une belle. »

S'il est ainsi, respecte un moment précieux ;

Sinon, tu peux entrer; tu verras dans ses yeux,

Dès qu'il aura connu que c'est moi qui t'envoie.

Sourire l'iridulgence et peut-être la joie.

Souhaite-lui d'abord la paix, la liberté, 25

Les plaisirs, l'abondance et surtout la santé.

Puis apprends si, toujours ami de la nature,

11 s'en tient comme nous aux bosquets d'Épicnre ;

S'il a de ses amis gardé le souvenir ;

Quelle muse à présent occupe son loisir ; so

Si TibuUe et Vénus le couronnent de rose,

Ou si dans les déserts que le Permesse arrose.

Du vulgaire troupeau prompt à se sépai*er.

Aux sources de Pindare ardent à s'enivrer.

Sa lyre fait entendre aux nymphes de la Seine 55

Les sons audacieux de la lyre iliébaine ;

Que toujours à m'écrirc il est lent à mon gré ;

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