‹ Poésies de André ChénierChapitre 310 sur 418 · V. 41. Éd. 1826 et · texte numérisé non relu

V. 41. Éd. 1826 et

Sans aller, aiguisant une Vaine satire*

Contre-sens. On faisait dire à André qu'il suffît de s'armer contre les oppresseurs pour se rendre utile, tandis qu'il dit très-clairement, quoiqu'il y ait dans sa phrase un changement de construction, qu'il peut être utile de s'armer... mais qu't7 ne l'est pas d'aller, aiguisant une vaine satire, etc.

Ainsi donc, sans coûter de larmes à personne, 45

A mes goûts innocents, ami, je m'abandonne.

Mes regards vont errants sur mille et mille objets.

Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets,

Je les tiens ; dans mon camp partout je les rassemble,

Les enrôle, les suis, les pousse tous ensemble. 50

S'égarant à son gré, mon ciseau vagabond

Achève à ce poëme ou les pieds ou le front,

Creuse à l'autre les flancs, puis l'abandonne et vole

Travailler à cet autre ou la jambe ou l'épaule.

Tous, boiteux, suspendus, traînent; mais je les vois 55

Tous bientôt sur leurs pieds se tenir à la fois. •

Ensemble lentement tous couvés sous mes ailes.

Tous ensemble quittant leurs coques maternelles.

Sauront d'un beau plumage ensemble se couvrir.

Ensemble sous le bois voltiger et courir. 6o

Peut-être'il vaudrait mieux, plus constant et plus sage,

Commencer, travailler, finir un seul ouvrage.

Mais quoi! cette constance est un pénible ennui.

a Eh bien ! nous lirez-vous quelque chose aiyourd'hui?

Me dit un curieux qui, s'est toujours fait gloire es

D'honorer les neuf Soeurs, et toujours, après boire.

Étendu dans sa chaise et se chauffant les pieds,

Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés.

— Qui, moi? Non, je n'ai rien. D'ailleurs je ne lis guère.

— Certe, un tel nous lut hier une épître!... et son frère to Termina par une ode où j'ai trouvé des traits!...

y. 47. Quelques éditions ont substitué errant k errants; c'est à tort : André à chaque instant fait accorder les participes présents.

Y. 55. « Tratnentf • pour se tratfient.

V. 57. C'est pour la troisième fois qu'André change d'image. Celle du statunire est belle ; il eût pu facilement lui donner plus de développeiTients. C'eût été comme un pendant de celle du fondeur.

Y. 66. Éd. 1839 :

D'adorer les nœuf Sœurs, et toujou'^'^» après boire.

— Ces messieurs plus féconds, di&je, sont toujours prêts. Mais moi, que le caprice et le hasard inspire.

Je n'ai jamais sur moi rien qu'on puisse vous lire.

— Bon! bon! Et cet Heriiès, dont vous ne parlez pas, 75 Que devient-il? — 11 marche, il arrive à grands pas.

— Oh! je m'en fie à vous. — Hélas! trop, je vous jure.

— Combien de chants de faits? — Pas un, je vous assui'e.

— Comment? — Vous avez vu sous la main d'un fondeur Ensemble se former, diverses en grandeur, 80 Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre?

11 adiève leur moule enseveli sous terre.

Puis, par un long canal en rameaux divisé,

Y fait couler les flots de l'airain embrasé ;

Si bien qu'au même instant, cloches, petite et grande, S5

Sont prêtes, et chacune attend et ne demande

Qu'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour

Réveiller la paroisse à la pointe du jour.

Moi, je suis ce fondeur : de mes écrits en foule

Je prépare longtemps et la forme et le moule, 90

Puis sur tous à la fois je iais couler l'airain.

Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain. »

Ami, Phœbus ainsi me verse ses largesses. Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses.

V. 79-92. Egger, Hist. àe V hellénisme, II, p. 354 : « Une lettre iihklite à de Pange l'alnë (Londres, fin de mai t79i] nous offre en prose l'expression de la même idée. »

V. 94. Nous ne pouvons omettre de citer ici, en regard des vers d'André, les beaux vers de La Fontaine, Épitre à Mgr de Soissons :

Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue. J'en use d'autre sorte ; et me laissant guider, Souvent à marcher seul j'ose me hasarder. On me verra toujours pratiquer cet usage. Mon imitation n'est point un esclavage : ie ne prends que Vidée, et les tours et les lois Que nos maîtres suivoieut eux-mêmes autrefois.

Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, 95

M embrasent de leur flamme, et je crée avec eux.

Un juge sourcilleux, épiant mes ouvi-ages.

Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages

Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant,

11 s'admire et se plaît de se voir si savant. loo

Que ne vient-il vers moi ? je lui ferai connaître

Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être.

Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant

La couture invisible et qui va serpentant

Pour joindte à mon étoffe une pourpre étrangère. iOB

Je lui montrerai l'art ignoré du vulgaire

De séparer aux yeux, en suivant leur lien.

Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien.

Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,

Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, iio

Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence Peat entrer dans mes vers sans nulle violence, Je l'y transporte, et veux qu'il n'ait rien d'affecté, Tâchant de rendre mien cet air d'antiquité. Je vois avec douleur ces routes méprisées : Arts et guides, tout est dans les champs Éiysées... Térence est dans mes mains; je m'instruis dans Horace; Homère et son rival sont mes dieux du Parnasse.

On le voit, le même génie anime La Fontaine et Ghénier. Dans cette épître, tout ce dernier passage est d'une beauté incomparable ; André s'y place au premier rang des écrivains. Nous n'avons que rarement laissé percer notre admiration, voulant toujours laisser libre celle du lecteur ; mais ici nous ne pouvons négliger le témoignage de M. Boissonade, qui, dans ses notes manuscrites, s'écrie : a Que toute cette page est belle ! » Y. 105. C'est l'expression d'Horace, Art poét., 15 :

Purpureus, late qui spleudeat, unus et aller

Assuitur pannus

V. 109. « Brave, » hardie, avec le sens de l'italien brava; c'est ainsi que Malherbe, p. 104, l'a employé :

Les Muscs hautaines et braver Tiennent le flatter odieux.

Et comme parentes des dieux Ne parlent jamais en esclaves.

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