V. 110. De même La Fontaine dans VÉpUre à Mgr de Soissons
J'en lis qui sobl du Nord et qui sont du Midi.
Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers,
M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers.
Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse
Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce ;
Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux ii6
Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux.
Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée,
Hais qui revêt, chez moi souvent entrelacée,
Mes images, mes tours, jeune et frais ornement ;
Tantôt je né retiens que les mots seulement; m
J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre
Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre.
La prose plus souvçnt vient subir d'autres lois.
Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts ;
De rimes couronnée, et légère et dansante, «5 N
En nombres mesurés elle s'agite et chante.
Des antiques vergers ces rameaux empruntés ^
Croissent sur mon terrain mollement transplantés;
Aux troncs de mon verger ma main avec adresse
Les attache, et bientôt même écorce les presse. 130
De ce mélange heureux l'insensible douceur
Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur.
Dévot adorateur de ces maîtres antiques,
Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques.
Dans leur triomphe admis, je veux le partager, i3S
Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger.
Le critique imprudent, qui se croit bien habile.
Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile ;
V. 122. Il ne serait pas étonnant qu'il y eût là une réminiscence du vers célèbre de Virgile, Géorg., II, 82 .
MIraturque novas frondes et non sua poma.
V. 138. André Chénier a exprimé la même pensée dans une petite pièce de yers inédite, qui se termine par le reproche flatteur fait à Voltaire de s'être souffleté lui-même sur la joue d'Aristophane. Voy. Appendice II.
Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi),
Hontaigue, il t'en souvient, Tavait dit avant moi. 140