‹ Poésies de André ChénierChapitre 312 sur 418 · AU MARQUIS DE BRAZAIS · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE BRAZAIS

Qui? moi? moi de Phœbus te dicter les leçons?

Moi, dans Tombre ignoré, moi que ses nourrissons

Pour émule aujourd'hui désavoûraient peut-être?

Dans ce bel art des vers je n'ai point eu de maître :

11 n'en est point, ami. Les poètes vantés, 5

Sans cesse avec transport lus, relus, médités;

Les dieux, l'homme, le ciel, la nature sacrée

Y. i40. Montaigne, Essais ^ II, x : < Ez raisons, comparaisons, arguments, si i'en transplante quelqu'un en mon solage, et confonds aux miens ; à escient i'en cache l'auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastifves qui se iectent sur toute sorte d'escripts, notamment ieunes escripts, d'hommes encore vivants, et en vulgaire, qui receoit tout le monde à en parler, et qui semble convaincre la conception et le dessein vulgaire de mesme : ie veulx qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et (ju'ils s'eschauldent à iniurier Seneque en moi. t> D'ailleurs, comme le disait Térence aux Romains dans le prologue de V Eunuque :

Nullum est jam dictum, quod non dictum sit prius.

Les anciens n'ont-ils pas emprunté à la nature elle-même ce que nous leur empruntons ? La Fontaine, Ép. au prince de CanH :

Je ne vous dis ici que ce qu'a dit Voiture ; L'ami de Mccénas, Horace, dans ses sons, L'avoit dit devant lui; dc?ant eux la nature L'avoit fait dire en cent façons.

Au surplus, le vrai est toujours le vrai ; dire une chose vraie après d'autres n'est pas imiter. La Bruyère, de V Esprit, le remarque très-justement : « Horace ou Despréaux l'a dit avant vous, je le crois sur votre parole, mais je l'ai dit comme mien. Ne puis-je pas penser après eux une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi ? »

V. — Y. 5-9. Sans citer ici Horace, que nous retrouverons dans le

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