A BRAZAIS
Sans cesse étudiée, admirée, adorée,
Voiià nos maîtres saints, nos guides éclatants.
A peine avais-je vu luire seize printemps, 10
Aimant déjà la paix d'un studieux asile,
Ne connaissant personne, inconnu, seul, tranquille.
Ma voix humble à Técart essayait des concerts ;
Ha jeune lyre osait balbutier des vers.
Déjà même Sappho des champs de Mitylène 15
Avait daigné me suivre aux rives de la Seine.
Déjà dans les hameaux, silencieux, rêveur.
Une source inquiète, un ombrage, une fleur,
Des filets d'Arachné Tingénieuse trame,
De doux ravissements venaient saisir mon âme. 20
Des voyageurs lointains auditeur empressé.
Sur nos tableaux savants où le monde est tracé.
Je courais avec eux du couchant à Taurore.
Fertile en songes vains que je chéris encore,
J*allais partout, partout bientôt accoutumé, 25
Aimant tous les humains, de tout le monde aimé.
Les pilotes bretons me portaient à Surate,
Les marchands de Damas me guidaient vers l'Euphrate.
Que dis-je? dès ce temps mon cœur, mon jeune cœur
Commençait dans l'amour à sentir un vainqueur; 5i)
poëme de V Invention, nous rappeUcrons le passage de Claudien, /F* Cons. dHononus, 395, où Tliéodose dit à son fils :
Inlerca Musi:», animus dum moUior, insla,
Et, quaî mox imitare, legas; nec desinat unquam
Tecum graia loqui, tecum romana vetustas.
La Fontaine, traduisant deux vers d'un poète latin :
Je puiserai pour vous chez les vieui écrivains... Soyez-leur attentif, même aux choses légères .
Roileau, Art, poét., II, en parlant de Théocrite et de Yirgile :
Que leurs teudres écrits, par les Grâces dictés, Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés.
V; 15. Voy. Poénes antiques, Épigr., VI, p. 116.