‹ Poésies de André ChénierChapitre 348 sur 418 · V. 54-60. Imité de Virgile, Géorg., III · texte numérisé non relu

V. 54-60. Imité de Virgile, Géorg., III

Mox tamen ardentes accingar dicere pugnaa Cassaris, et nomen fama tôt ferre per annos Tithoni prima quoi abest ab origine G»sar.

Je dirai rAmérique à l'Europe montrée ; 56

J'irai dans cette riche et sauvage contrée

Soumettre au Mançanar le vaste Marafîon.

Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom,

Celui de cette Europe en grands exploits féconde,

Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde. €0

I. — André se proposait d*abord de montrer la différence qui existe entre Thomme dans Tétat sauvage et dans Tétat de société. Il prend volontiers ses comparaisons dans les lois qui régissent le monde céleste.

« Chaque individu dans Tétat sauvage est un tout indépendant; dans l'état de société, il est partie du tout, il vit de la vie commune. Ainsi, dans le chaos des poètes, chaque germe, chaque élément est seul et n'obéit qu'à son poids ; mais, quand tout cela est arrangé, chacun est un tout à part, et en même temps une partie du grand tout. Chaque monde roule sur luinnéme et roule aussi autour du centre. Tous ont leurs lois à part, et toutes ces lois diverses tendent à une loi commune et forment l'univers...

Mais ces soleils assis dans leur centre brûlant,

Et chacun roi d'un monde autour de lui roulant,

Ne gardent point eux-même une immobile place :

Chacun avec son monde emporté dans l'espace,

Ils cheminent eux-même . un invincible poids 5

Les courbe sous le joug d'infatigables lois,

Dont le pouvoir sacré, nécessaire, inflexible.

Leur fait poursuivre à tous un centre irrésistible. »

II. — Ici se seraient développées les idées indiquées dans son plan par une note qui trahit l'influence de J.^. Rousseau :

« Exposé du Contrai social et des principes des gouvernements. »

III. — 11 se proposait ensuite de tracer une esquisse du progrès moral de l'esprit humain. On verra, dans cette histoire de la civili-

V. 57. Le Mançanar, c'est le ruisseau qui passe à Madrid ; le Mara- ^n, c'est le fleuve des Amazones,

IL — Publié par M. Egger.

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sation, combien il accorde d'influence à l'initiative des sages et des philosophes qui ont éclairé leurs semblables :

Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,

Ces héros conquérants, meurtrières idoles,

Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs.

De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.

Venez tomber aux pieds de plus nobles images : 5

Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,

Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants,

Ont éclairé !a terre et mérité Tencens ;

Qui, dépouillés d'eux-même et vivant pour leurs frères,

Les ont soumis au frein des règles salutaires, lo

Au joug de leur bonheur ; les ont faits citoyens;

En leur donnant des lois leur ont donné des biens,

Des forces, des parents, la liberté, la vie;

Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.

Et que de fois pourtant leurs frères envieux 15

Ont d'affronts insensés, de mépris odieux.

Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,

Comme dans leurs maisons ces animaux stupides

Dont la dent méfiante ose outrager la main

Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim ! 20

Mais n'impoii;e ; un grand homme au milieu des supplices

Goûte de la vertu, les augustes délices.

m. — V. 2* « Meurtrières idoles. » Racine, Phèdre, Y, vu, a employé « meurtrière » dans la même acception poétique :

Je hais jusques aux soins dont ip'honorent les dieux, El je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières.

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