‹ Poésies de André ChénierChapitre 349 sur 418 · V. 8. Cf. Lucrèce, V · texte numérisé non relu

V. 8. Cf. Lucrèce, V

V. 21. Œuvres en prose t p. 171 : «c C'est surtout quand les sacrifices qu'il faut faire à la vérité, à la liberté, à la patrie, sont dangereux et di^ liciles, qu'ils sont accompagnés aussi d'ineffables délices. C'est au milieu des délations, des outrages, des proscriptions ; c'est dans les cachots, c'est sur les échafauds que la vertu, la probité, la constance, savourent la volupté d'une conscience orgueilleuse et pure. 9

Il le sait, les humains -sont injustes, ingrats.

Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas ;

Qu'un jour, entre eux et lui, s'élève avec murmure 25

D'insectes ennemis une nuée obscure ;

N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.

Même ingrats, il est dou!x d'avoir fait des heureux.

11 sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence.

Doit être son ouvrage et non sa récompense, 30

Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,

De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau.

Au loin dans l'avenir sa grande âme contemple

Les sages opprimés que soutient son exemple ;

Des méchants dans soi-même il brave la noirceur : 35

C'est là qu'il sait les fuir ; son asile est son coeur.

De ce faîte serein, son Olympe sublime,

Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime

Agite ses pensers, vit dans son cœur brûlant.

Travaille son sommeil actif et vigilant, 40

Arrache au long repos sa nuit laborieuse.

Allume avant le jour sa lampe studieuse.

Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits,

Indompté dans la guerre, opulent dans la paix ;

Son beau nom remplissant leur cœur et leur histoire, 45

Les siècles prosternés aux pieds de sa mémoire.

Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît.

En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit ;

En vain le seul présent les frappe et les entraîne ;

En vain leur raison faible et leur vue incertaine 60

V. 38. C'est le SuiftMv de Socrate . Tout ce passage est une apologie du philosophe. Peut-être y a-t-il au fond un sentiment tout personnel. André, qui travaiUa beaucoup à l'Hermès pendant sa retraite à Versailles, en 17^, ne serait4I pas un des sages opprimés que soutient l'exemple de Socrate?

376 POËHES.

Ne peut de ses regards suivre les profondeurs,

De sa raison céleste atteindre les hauteurs ;

Il appelle les dieux à son conseil suprême.

Ses décrets, confiés à la voix des dieux même.

Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui S5

Pense adorer les dieux en n'adorant que lui.

11 fait honneur aux dieux de son divin ouvrage.

C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage

Un buisson enflammé receler TËtemel ;

C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel, 60

De la montagne ardente et du sein du tonnerre,

La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre; •

Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois.

Une nymphe l'appelle et lui trace des lois.

Et qu'un oiseau divin, messager de miracles, fô

A son oreille vient lui dicter des oracles.

Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air.

Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair.

Tout : il prend à témoin le monde et la nature!

Mensonge grand et saint, glorieuse imposture, 70

Quand au peuple trompé ce piège généreux

Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux!

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