‹ Poésies de André ChénierChapitre 378 sur 418 · ALEXANDRE VI · texte numérisé non relu

ALEXANDRE VI

Ses enfants! les chrétiens ne sont plus sa famille!

Quoi! l'Église de Dieu n*est plus sa seule fille?

Leur naissance est un crime et pour eux et pour lui.

Et quels enfants encore il avoue aujourd'hui!

L'une à la fois, grand Dieu ! sa fille et sa maîtresse 5

(0 nom de la pudeur ! ô saint nom de Lucrèce !),

Tous méchants comme lui, dignes de son amour.

Lui seul dans Tunivers put leur donner le jour.

Ses fils, vraiment ses fils, lâche et coupable engeance,

A son école impie ont appris la vengeance, 10

L'imposture, la soif de l'or et des États,

L'art des poisons secrets et des assassinats.

Sa fille, à l'impudence en naissant élevée,

A ses époux mourants par son père enlevée,

A son frère, à son père indignement aimé, 15

Son sacrilège lit n'est pas même fermé.

I. — Ce fragment sur Alexandre VI fait partie d'un poème sur la SupERSTiTioïT, qui ne parait pas avoir jamais été bien avancé. V. 16. Virgile, En., VI, 623 :

Hic Ihalamum invasit nalae vetitosque liymenxos.

Prêtre fornicateur, d'un inceste adultère

Le monstrueux mélange était fait pour lui plaire.

Des baisers de la fille et des crimes des fils,

Ou le sceptre, ou la pourpre, ou la mitre est le prix. ao

Non, certes, TEsprit-Saint, ennemi du parjure.

Ne saurait habiter cette poitrine impure.

Non ! les anges du ciel n'approchèrent jamais

Ces lèvres, ni ces yeux affamés de forfaits.

0 Christ ! Agneau sans tache, ô Dieu sauveur de l'homme ! 25

Non ! tu ne souris point sur les autels de Rome,

Lorsque parmi ses fils, ce pontife assassin

Que sa fille impudique a tenu sur son sein.

Couvrant des trois bandeaux sa tête diffamée.

Ouvre, pour te louer, sa bouche envenimée ; 30

Quand ses mains, de poisons artisans odieux.

Touchent ton corps sacré, nourriture des cieux;

Quand

Il tend sur les chrétiens sa droite incestueuse.

Et pour bénir le peuple ose de rang en rang 7&

Lever des doigts souillés de crimes et de sang.

Hommes saints, hommes dieux, exemples des Romains, Divin Caton, Brutus, les plus grands des humains,

V, 47. « Un inceste adultère. » Inceste est ici employé adjectivement, comme dans V Aveugle, v. 42 [Vinceste parricide). Plus bas, au V. 34, il dit au contraire : « Sa droite incestueuse. »

V. 26-30. C'est la même pensée qu'André a condensée en un beau vers dans sa note sur la scène entre Théodose et saint Ambroise :

Hosannah n'est point l'ait pour des lèvres sanglantes !

II. — Ce fragment, où André développe une pensée déjà exprimée dans Y Élégie xiv du livre I, est la traduction exacte de ce passage de la Nouvelle Hcloïse de J.>J. Rousseau, III* partie, lettre xxi : « Selon cjx, c'est une lâcheté de se soustraire à la douleur et à la peine, et il n'y

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