‹ Poésies de André ChénierChapitre 379 sur 418 · LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

LA SUPERSTITION

Peiisiez-vous que jamais, plein d'orgueil et de gloire,

Au milieu des respects d'un stupide auditoire,

Dans un poudreux gymnase au mensonge immolé, 5

Un rhéteur imbécile et d'ignorance enflé,

Sur la foi d'un sophiste élève de Carihage,-

Dût prouver que vos cœurs n'eurent qu'un vain courage,

Et qu'une vertu vaine, et que ce prix si doux

De s'immoler pour elle était vain comme vous ; 10

Vous dévouer aux feux où le crime s'expie ;

Vous prodiguer les noms et de lâche et d'impie.

Pour n'avoir pas voulu montrer à l'univers

Aux pieds du crime heureux la vertu dans les fers?

a que des poltrons qui se donnent la mort. 0 Rome, conquérante du inonde, quelle troupe de poltrons t'en donna Tcmpire ! Qu'Arrie, Ëponino, Lucrèce, soient dans le nombre, elles étaient femmes ; mais Rrutus, mais Cassius, et toi qui partageas avec les dieux les regrets de la terre étonnée, grand et divin Caton, toi dont l'image auguste et sacrée animait les Romains d'un saint zèle et faisait frémir les tyrans, tes iiers admirateurs ne pensaient pas qu'un jour, dans le coin poudreux d'un collège, de vils rhéteurs prouveraient que tu ne fus qu'un lâche pour avoir refusé au crime heureux l'hommasre de la vertu dans les fers. » V. 13-14. Horace, OtL, II, 1 :

El cuncta terrarum subacta

Prxtcr atroceui animum Calonis.

sa.

Près des bords où Venise est reine de la mer,

Le gondolier nocturne, au retour de Vesper,

D*un aviron léger bat la vague aplanie,

Chante Renaud, Tancrède, et la belle Herminiô.

Il aime ses chansons, il chante sans désir, 5

Sans gloire, sans projets, sans craindre Tavenir ;

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