‹ Poésies de André ChénierChapitre 396 sur 418 · ÉPODE II · texte numérisé non relu

ÉPODE II

Lui, grands dieux ! courtisan menteur.

De sa raison céleste abandonner le faîte.

Pour descendre à votre hauteur !

En lui-même affermi, comme l'antique athlète, 65

Sur le sol où son pied s'arrête.

Il reste inébranlable à tout effort mortel, Et laisse avec dédain ce vulgaire imbécile.

Toujours turbulent et servile.

Flotter de maître en maître et d'autel en autel.

Y. 65. Voici cette belle comparaison de l'athlète dans Régnier, Sat. I :

Il se faut reconnoistre, il se faut essayer, Se sonder, s'exercer, avant que s'employer ; Comme fait un lutteur entrant dedans l'arène, Qui, se tordant les bras, tout en soy se démène, S'allonge, s'accourcit, ses muscles étendant. Et, ferme sur ses pieds, s'exerce en attendant.

V. 67. « Effort mortel t » d'un mortel ; comme dans ce vers de Virgile, V.néhîe Xn, 797 :

Morialin' decuit yiolari vulnere divum?

4Mi HYMNES

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres :

Il nie, il jure sur Tautel ; Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres,

A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel. 5

De l'oubli taciturne et de sou onde noire

Nous savons détourner le cours.

Nous appelons sur nous l'éternelle mémoire;

Nos forfaits, notre unique histoire, Parent de nos cités les brillants carrefours. 10

0 gardes de Louis, sous les voûtes royales

Par nos ménades déchirés, Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,

Orné nos portes triomphales, Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés. ts

Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche. Cruel même dans son repos,

VI. — Ces vers ne se trouvent que dans Tédition 1830; c'est M. Sainte- Beuve qui les a fait connaître, d'après le manuscrit, en substituant habillent plusieurs mots français aux mots grecs du manuscrit. — Cette pièce a été écrite après la fête du 14 juillet 1793. Voici un passage des Souvenirs cV un sexagénaire y par Arnault (Paris, 1833, t. III, p. 361), qui éclaircit les allusions qu'elle renferme. « La fcte du 14 juillet 1793 semblait avoir été ordonnée par des cannibales. L'arc, élevé au milieu d'une voie triomphale dont les colonnes occupaient le boulevard Italien, était orné de bas-reliefs peints, qui retraçaient les massacres du 6 octobre et du 10 août, et de trophées, modelés en pâte de carton, oii se groupaient les dépouilles des gardes du corps, surmontés des têtes de ces malheureux auxquelles on avait laissé leurs cadenettes ou leurs queues, de peur qu'on ne les reconnût pas. J'en parle pour l'avoir vu. »

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