‹ Poésies de André ChénierChapitre 58 sur 418 · V. 53. Éd. 1826 et · texte numérisé non relu

V. 53. Éd. 1826 et

L'enfant la voit de loin dans le fond du portique.

La correction était heureuse ; elle sauvait la confusion dans les rapports des pronoms.

V. 54. « Antique ; » ce seul mot suffirait au statuaire pour tailler dans le marbre les traits de la vieille aflranchie. — Chez les anciens, on suppliait en posant les mains sur le visage de la personne qu'on implorait; voy. Euripide, Hécube, 344.

V. 55. ((Indulgente, » avec le sens latin, qui accorde volontiers, c-^mplaisante^

Oui, qu*à ton protégé ta fête soit ouverte. 65

Ta mère, mon élève (inestimable perte !), Aimait à soulager les faibles abattus : Tu lui ressembleras autant par tes vertus Que par tes yeux si doux et tes grâces naïves. »

Mais cependant la nuit assemble les convives : 7o

En habits somptueux, d'essences parfumés, Ils entrent. Aux lambris d'ivoire et d'or formés Pend le lin d'Ionie en brillantes courtines ; Le toit s'égaye et rit de mille odeurs divines.

V. 60. Le mot élève ne s'emploie pas en français avec le sens de « nourrisson » que lui donne André, et qui est celui de rpofi^t et du composé ivrpofoç. — Éd. 1826 :

Ta mère, mon élève (irréparable perte!).

V. 70. Le passage qui suit est dû à de multiples inspirations. Dans celte description de vingt vers, il n*y a pas un mot de trop, pas un mot qui ne prête à de longs commentaires archéologiques. Voici les vers de Catulle, LXIY, 43, dont les différents traits se retrouvent dans la description de Ghénier :

Ipsius ad sedes, quacunque opulenta recessit Regia, lulgenti splendent auro, atque argenté. Cnndet ebur soliis; coUucent pocula mensis; Tota domus gaudet regali splendida gaza. Pulvinar vero Div» géniale locatur Sedibus in mediis, Indo quod dente politum Tincta tegit roseo conchyli purpura fuco.

Cf. Virgile, Enéide, I, 637.

V. 71. Non -seulement se couvrir de parfums et en brûler était un usage répandu chez les anciens (Athénée, III, xxi, p. 101, C), mais encore il aurait été moonvenant de vouloir s'y soustraire (Athénée, IV. xxvu, p. 178, F).

V. 72, Détails exacts ; Bhcchjlide ^«p. Athénée, U, ui, p. 39, F) :

X/0U7Ù è' I^C^SCVTt T(

fiapauipou6t¥ itlnot.

Nous donnons la leçon de FayoU^-. M. de Latouche avait mis :

lis entrent. Aux ianibri<i d'ivoire et d'or semés.

Y. 74. PoDsattl, Eludée antiques, a critiqué ce vers comme antihoroi^ rique. Celte hardiesse, homérique d'ailleurs, est commune à tous les

La table au loin circule, et d*apprêts savoureux 75

Se charge. L'encens vole en longs flots vaporeux ; Sur leurs bases d'argent, des formes animées Élèvent dans leurs mains des torches enflammées ;

poètes. André, ce qu'a fait remarquer M. Sainte-Beuve, Portr. litt.t a traduit exactement ce vers de Catulle, LXIV, 285 :

Quels permulsa domus jucundo risit odore.

11 avait d^ailleurs l'exemple d*Horace, Od., IV, xi : n Ridet argento domus. » Et Ghénier, comme Catulle et Horace, se souvenait d'Hésiode, Théog., 40:

....... ysXx H re Saixaxa itarpôç-

et d'Homère, Hym. à Apollon, 118 :

/ie(iiii9€ ik yaX' ùnivtpBev'

passage que n'ont pas craint d'imiter Théognis, 9, et Milton, Par. perd., VlII. Viiî;ile, dont le goût est si pur, a dit, Enéide, I, 707 ;

Tyrii per limina lœta fréquentes.

D'ailleurs, ici-bas, l'homme ne se plait-il pas à animer toute chose de sa douleur et de sa joie? le printemps accourt, et nous voyons avec Ronsard {Am., I, xxvn)

Toute chose rire en la saison nouvelle :

le lac (Schiller, G. Tell, 1) : Es lâchelt der See; les fleurs (Pétrone, CXXYII] : Riserunt lilia; les flots (Lucrèce, I, 8) : Rident spquora ponti; la nature (Nonnus, Dionys., VI, 387} : Kac ^Ost^ &(p Èyé^^uaca; tout enfin (Virgile, Égl., VII, 55] : Omnia nunc rident; jusqu'aux astres [Stacc, Ach., I, 643) : Risit chorus onmis ab alto astrorum. Hais, plus hardi encore, Eschyle, Édoniens (ap. Longin, de Subi., XIII), anime un palais de la fureur bachique. Longin semble le blâmer de cette hardiesse ; elle est grande sans doute, mais de celles que les poètes chérissent. Au surplus, les Grecs et les Latins ne sont pas les seuls que tentent ces images audacieuses ; on en rencontre de semblables à chaque pas dans les poètes juifs : Isaïe, xiv, 11, 8, et xxiv, 1, 7 ; le Psalmiste, xcvu, 8, etc. V. 77-78. Odyssée, VII, 100 :

Xpvffceoc ^' oipoL x.oûpoi tud/A>$re>)v stci ^oi/Aûv

fOLlvovrsç vûxrotç xarà Stâfioira. ^aeru/iôvcffacv.

M. Sainte-Reuve a déjà fait ce rapprochement et cité les vers de Lucrèce, II, 24 :

Si non aurea sunt juvenum simuiacra per aedeis Lampadas igniferas manibus retinentia dextris, Lumina nocturnis epulis ut suppeditentur, Nec domus argento fulget, auroque renidet.

Nonnus, Dionys., 111^109, a aussi imité ce passage d'Homère.

Les figures, l'onyx, le cristal, les métaux,

En vases hérissés d'hommes ou d'animaux, «o

Partout, sur les buffets, sur la table étincellent ;

Plus d'une lyre est prête ; et partout s'amoncellent

Et les rameaux de myrte et les bouquets de fleurs.

On s'étend sur les lits teints de mille couleurs. ~

Près de Lycus, sa fille, idole de la fête, 85

Est admise. La rose a couronné sa tête.

Mais, pour que la décence impose un juste frein,

Lui-même est par eux tous élu roi du festin.

Et déjà vins, chansons, joie, entretiens sans nombre.

Lorsque, la double porte ouverte, un spectre sombre po

Entre, cherchant des yeux l'autel hospitalier.

La jeune enfant rougit. Il court vers le foyer:

Il embrasse l'autel, s'assied parmi la cendre;

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