‹ Poésies de André ChénierChapitre 66 sur 418 · V. 228-231. Virgile, Enéide, I · texte numérisé non relu

V. 228-231. Virgile, Enéide, I

Me quoque per multos similis fortuna labores Jactatam hac demum Toluit consistere terra. Non ignara mali, miseris succurrere disco.

Cf. Sophocle, Œd. à Colone, 587. — Il y a une pensée semblable dans Homère, mais c'est Ulysse qui, sous les traits d'un mendiant, se souvient que jadis lui aussi eut des jours fortunés [Odyssée, XVII, 419).

V. 232. Dans la pensée d'André, Cléotas était sans doute un de ces riches Âlevades qui dominaient à Larisse, aristocratie puissante qui voyait souvent de funestes dissensions éclater parmi ses membres. La noblesse thessalienne avait une existence opulente, et Cléotas, aux jours de sa fortune, rappelle le Pharsalien Polydamas dont parle Xénophon [Hist. gr., VI, 1), «(fàô^evéi re xat ixeyodoivpsnvii tôv OeTTCchx.bv rpÔTzov.

V. 253. André a noté dans ces vers un des traits les plus touchants de la vie patriarcale des temps héroïques : le serviteur fait partie de In famille ; son zèle l'élève jusqu'à son maître, qui, dans la prospérité, donne une part de ses biens à celui qui l'a fidèlement servi. Voy. Homère, Odyssée, XIV, 61.

« Jeune ami, j'ai trouvé quelques vertus en toi ;

Va, sois heureux, dit-il, et te souviens de moi. » 255

Oui, oui, je m'en souviens : Cléotas fut mon père ;

Tu vois le fruit des dons de sa bonté prospère.

A tous les malheureux je rendrai désormais

Ce que dans mon malheur je dus à ses bienfaits.

Dieux, rhomme bienfaisant est votre cher ouvrage ; 240

Vous n'avez point ici d'autre visible image ;

Il porte votre empreinte, il sortit de vos mains

Pour vous représenter aux regards des humains.

Veillez sur Cléotas ! Qu'une fleur éternelle.

Fille d'une âme pure, en ses traits étincelle ; 2i5

Que nombre de bienfaits, ce sont là ses amours,

Fassent une couronne à chacun de ses jours ;

Et quand une mort douce et d'amis entourée

Recevra sans douleur sa vieillesse sacrée.

Qu'il laisse avec ses biens ses vertus pour appui . 260

A des fils, s'il se peut, encor meilleurs que lui!

— Hôte des malheureux, le sort inexorable

Ne prend point les avis de l'homme secourable.

Tous, par sa main de fer en aveugles poussés.

Nous vivons ; et tes vœux ne sont point exaucés. 255

Cléotas est perdu ; son injuste patrie

L'a privé de ses biens ; elle a proscrit sa vie.

De ses concitoyens dès longtemps envié,

De ses nombreux amis en un jour oublié,

V. 240-243. Maxime de Tyr, Diss. XIV. — Voltaire, Henriade, X :

Hélas! du Dieu vivant c'est la brillante image, C'est un roi bienfaisant

Y. 254. C'est bien là la fatalité antique qui pousse l'aveugle humanité. Sophocle, Œd. à Colone, 256 (Musg.) :

Où yàp tSoti av ocQpâv ^por&v oçriç av, et y. 258. Tout le passage qui suit semble inspiré de Sophocle, P/âloct., 181 .

Au lieu de ces tapis qu'avait tissus TEuphrate, 26O

iiu lieu de ces festins brillants d'or et d'agate.

Où ses hôtes, parmi les chants harmonieux,

Savouraient jusqu'au jour les vins délicieux,

Seul maintenant, sa faim, visitant les feuillages,

Dépouille les buissons de quelques fruits sauvages ; m

Ou, chez le riche altier apportant ses douleurs.

Il mange un pain amer tout trempé de ses pleurs.

Errant et fugitif, de ses beaux jours de gloire

Gardant, pour son malheur, la pénible mémoire,

Sous les feux du midi, sous le froid des hivers, «70

Seul, d'exil en exil, de déserts en déserts.

Pauvre et semblable à moi, languissant et débile,

Sans appui qu'un bâton, sans foyer, sans asile,

Revêtu de ramée ou de quelques lambeaux.

Et sans que nul mortel attendri sur ses maux 270

D'un souhait de bonheur le flatte et l'encourage ;

Les torrents et la mer, l'aquilon et l'orage.

Les corbeaux et des loups les tristes hurlements

Répondant seuls la nuit à ses gémissements ;

N'ayant d'autres amis que les bois solitaires, î80

D'autres consolateurs que ses larmes amères,

11 se traîne ; et souvent sur la pierre il s'endort

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