‹ Poésies de André ChénierChapitre 73 sur 418 · V. 22. Virgile, Enéide, X · texte numérisé non relu

V. 22. Virgile, Enéide, X

Non te optiraa mater

Gondet humi, patriove onerabit membra sépulcre.

Quëlc[uefois on mettait dans un même tombeau les urnes qui contenaient les cendres de personnes chères l'une à l'autre (Ovide, Met., XI, 706) ; d'autres fois on recueillait les cendres dans une même urne [Moschus, Idyl.f IV, 33], et ce cpi'on faisait pour les cendres, on le faisait aussi pour les corps cpi'on inhumait ensemble [Euripide, Aie, 565]. V. 24-25. Dans VIliade, I, 362, Thétis dit à Achille : .

Tcxvov, T^ kXuUlç ; tî Si o-e fphoci îxero itév$oç ; l|aû^a, fii} X£ude VÔO), tva iîSofi^v a/x^O).

V. 28. Expression fréquente chez les tragiques ; Euripide, Héc, 203 :

OuxsTt aoi TToXç &Se

Cf. Euripide, Aie, 270 ; Sophocle, Trach,, 4162 ; Racine, Phèdre, II, ▼. V. 34. Euripide, Hipp., 201 :

aftX*f àfiniravov ^ÔTvpioxov SfÂOiç-

Cf. Ovide, Héroïdes, XXI, 170; Racine, Phèdre, I, m. ^ Bertin, Am., I, iT :

Le plus léger tapis m'importune et me pèse.

En français, le mot tapis se dit spécialement des tissus qui ^couvrent les planchers et les tables. Ândrc l'emploie comme synonyme de c cou*^

Tout me pèse et me lasse. Âide-môi, je me meurs. 55

ïourae-moi sur le flanc. Ah ! j'expire ! ô douleurs !

— Tiens, mon unique enfant, mon fils, prends ce breuvage;

Sa chaleur te rendra ta force et ton courage.

La mauve, le dictame ont, avec les pavots,

Mêlé leurs sucs puissants qui donnent le repos ; 40

Sur le vase bouillant, attendrie à mes larmes.

Une Thessalienne a composé des charmes.

Ton corps débile a vu trois retours du soleil

Sans connaître Gérés, ni tes yeux le sommeil.

Prends, mon fils, laisse-toi fléchir à ma prière ; 45

C'est ta mère, ta vieille inconsolable mère

verture, » avec le sens du latin tapes et du grec rànvii ; c'étaient des étoffes de laine (Pline, YIII, lxxiii) cpi'on étendait sur les lits (Virgile, Enéide, IX, 325) ; voy. surtout le passage de l'Odyssée, IV, 298, où les ' tapis sont distingués des couvertures et des toisons.

V. 56. Dans Sophocle, Trach., 1041, Hercule, près de mourir, laisse échapper les mêmes plaintes cpie le jeune malade. Tout lui pèse, tout le lasse, et il demande à Hyllus de l'aider à se tourner sur le flanc.

V. 59. Le dictame, c'est la plante que Vénus va cueillir sur l'Ida pour guérir les blessures d'Énée ; voy. Virgile, Enéide, XII, 412 ; cf. Le Tasse, Ger. lib., XI, lxxii. — Le dictame avait des propriétés multiples; voy. Pline, XXV, vui, et XXVI, vin, et les poésies didactiques de Servilius Damocrate.

V. 42. TibuUe, I, v, rappelle qu'au chevet de Délie malade il a invoqué le secours d'une magicienne. On sait que la Thessalie produisait en abondance les herbes dont on se servait dans les incantations, et était renommée pour ses magiciennes. Voy. Apulée, Met., II, inU.

V. 43. Voy. Euripide, Hipp., 135. Racine, imitant Euripide, a dit dans Phèdre :

Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture.

V. 44. « Sans connaître Cérès, » c'est-à-dire sans prendre de nourriture. L'emploi de « Gérés » pour « le pain » est très-fréquent en latin. Dans Virgile, Enéide, I, 701, les servantes tirent Cérès des corbeilles.

V. 46. L'accumulation des épithctes est beaucoup plus fréquente dans les langues synthétiques. Ronsard, qui en offre beaucoup d'exemples, a dit dans la Franciade, II, 154 : a Une importune outrageuse tempête ; » et Marot, Élég., XI : « 0 douce noire nuict. d Ici la double épithète qu'emploie André est belle et touchante.

Qui pleure ; qui jadis te guidait pas à pas,

T'asseyait sur son sein, te portait dans ses bras ;

Que tu disais aimer, qui t*apprit à le dire ;

Qui chantait, et souvent te forçait à sourire so

liOrsque tes jeunes dents, par de vives douleurs.

De tes yeux enfantins faisaient couler des pleurs.

Tiens, presse de ta lèvre, hélas î pâle et glacée.

Par qui cette mamelle était jadis pressée.

Un suc qui te nourrisse et vienne à ton secours, 55

Comme autrefois mon lait nourrit tes premiers jours.

— 0 coteaux d'Erymanthe ! ô vallons ! ô bocage !

0 vent sonore et frais qui troublais le feuillage,

Et faisais frémir Tonde, et sur leur jeune sein

Agitais les replis de leur robe de lin ! 60

De légères beautés troupe agile et dansante !

Tu sais, tu sais, ma mère, aux bords de TÉrymanthe...

Là, ni loups ravisseurs, ni serpents, ni poisons.

0 visage divin ! ô fêtes ! ô chansons !

Des pas entrelacés, des fleurs, une onde pure... 65

Aucun lieu n'est si beau dans toute la nature.

Dieux ! ces bras et ces fleurs, ces cheveux, ces pieds nus

V. 57. VÉrymanthe est un des affluents de TÂlphée, en Ârcadie ; il prend sa source au mont Lampée (Pausanias, YIII, xxiv], dans la chaîne appelée TÉrymanthe. C'est un des noms chers aux poètes de la Grèce ; Pausanias, V, vu, nomme les affluents de l'Âlphée aJ^ioi n^rocfjLol. Gallimaque, Hym. à Jup., 19, appelle l'Érymanthe U\jx6r«roi rcorocftûv,

V. 58. « Vent sonore. » C'est l'expression grecque Aeyùç oZpoç, Voy. Homère, passim.

y. 63. Ce passage est dd à un double souvenir de Virgile, Égl., V, 58 :

Ergo alacris silvas et cetera rura voluptas Panaque, pastoresque teuet, Dryadasque puellas* Nec lupus insidias pecori, nec retia cervis Ulla dolum meditantur..

et Géorg , II, 151 :

At rabidae tigres absunt, et saBva leonum Semina ; nec miseros fallunt aconita legentes

ÉLÉGIES. f.5

Si blancs, si délicats ! je ne les verrai plus '

Oh ! poilez, portez-moi sur les bords d'Érymanthe,

Que je la voie encor, cette nymphe dansante ! 70

Oh ! que je voie au loin la fumée à longs (lots

S élever de ce toit au bord de cet enclos !

Assise à tes côtés, ses discours, sa tendresse,

Sa voix, trop heureux père ! enchante ta vieillesse.

Dieux! par-dessus la haie élevée en remparts, 7.»

Je la vois, à pas lents, en longs cheveux épars.

Seule, sur un tombeau, pensive, inanimée.

S'arrêter et pleurer sa mère bien-aimée.

Oh ! que tes yeux sont doux.! que ton visage est beau !

Yiendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau ? so

Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles,

Dire sur mon tombeau : Les Parques sont cruelles !

— Ah ! mon fils, c'est Tamour! c'est l'amour insensé

Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blessé ?

Ah ! mon malheureux fils ! Oui, faibles que nous sommes, 85

C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes.

S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur cœur

Verra que cet amour est toujours leur vainqueur.

Hais, mon fils, mais dis-moi, quelle nymphe dansante,

V. 70. Nous donnons ce vers tel qu'il est dans le manuscrit, scion le témoignage de M. Emile Deschamps. Toutes les éditions portent : Que je la voie encor, cette vierge charmante!

Yoy. les vers 61 et 89.

Y. 71. Homère, Odyêsée, l, 58 :

li/itvoi xal xaTCVÔv à.itoBpûvxoinoc voiivat, V. 76-77. Tibulle, I, m, 8 ;

Et fleat effusis ante sepulcra comis.

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