‹ Poésies de André ChénierChapitre 8 sur 418 · DES ŒUVRES INÉDITES D^ANDRÊ CHÉNIER · texte numérisé non relu

DES ŒUVRES INÉDITES D^ANDRÊ CHÉNIER

L'année derniore, 11. Guillaume Guizot, professeur au Collège de France, devait parler de la poésie française au dix-neuvième siècle. Il consacra presque entièrement la leçon du 3 février à André Chénier. Plus heureux que nous ne l'avions été lors de la publication de notre première édition, il avait obtenu de la famille de consulter et de lire les manuscrits encore inédits. La famille avait alors la pensée de publier un volume consacré à ces ébauches, à ces plans et à ces fragments du poète. La leçon de M. Guizot se trouvait donc, par une rencontre fortuite, précéder et annoncer tout naturellenient celte publication ; aussi conçoit-on l'empressement que M. Gabriel de Chénier mit à ouvrir au jeune et savant professeur les cartons renfermant de si précieuses reliques. Malheureusement il est à craindre que ce volume ne puisse paraître de longtemps. H. de Chénier nous parait se débattre vainement au milieu de rinextrîcable réseau des lois concernant la propriété lUtéraire. Et si nous comprenons le regret que peut ressentir une famille d'avoir jadis aliéné un héritage inappréciable et peut-être alors inapprécié, nous craignons que ce ne soit le public qui pâtisse de ces regrets tardifs en attendant encore de longues années une publication que tant de gloire prodiguée à André Chénier devait peut-être lui faire espérer plus tôt.

Dans cette situation qui peut se prolonger, la leçon de H. Guizot est

ŒUVRES INÉDITES. ixiifii

d'iroe imporUQO^ capitale, et les lecteura nous sauront certainement gré de leur en rendre ua compte exact et détaillé, aidé que nous aeimu de nos propres souyenirs et de l'article de M. Francisque fiaroey, inséré dans le Journal de Pavia du 9 février i8(^« i

Noua devons d'abord dire qu'il ne faut pae s'attendre à Teir saisir de ces cartons une aeule pièce iinie» achevée dam s<m ensemble et dans ses détails et égalant en importance U M^ndianit h Jmu^ Malade, la UberU^ la Jeune T(freHtme, la Lampe^ Vélé§i» à Veir$aiUe$ ou la Jeune Captive. Non;iiiyourd'hui l'œuvre d* André est complète ; et ce* pendant quelques-unes de ces pièces inédites» encore à l'état d'ébauehe, renferment des vers d'une incomparable beauté qui» lorsqu'ils seront oubliés, ajouteront encore à la gloire du poète. De plus ces plans et ces fragments viendront confirmer, d'une façon éclatante, ce qu'on savait déjà touchant la fécondité et les resaources de cet esprit puissant et toujours en travail, ce que M. Guizot, par une expression très-heureusoi a appelé chez André l'intensité de la vie poétique.

VHermèe, cette gigantesque composition encyclopédique qui ne cessa de préoccuper André Ghénier, est, on peut le dire, entièrement connu du public. Au travail de M. Sainte-Beuve viendront se joindre dans cette édition les ditîérents morceaux publiés par M. Ëgger ; plus tard il ne restera plus qu'à y iniroduiro quelques notes et quelques fragments négligés d'abord» et qu'à rectifier sans doute sur plusieurs points le texte de quelques notes déjà publiées.

Le poème, intitulé VAniénque, dont on connaît deux fragments, n'avait pas été poussé très^loin. Il devait être divisé en trois chants dont il reste le plan succinct. Ce projet, très»vaste dans l'esprit du poète, d^ vait embrasser l'histoire des découvertes successives, des conquêtes et des guerres qui ensanglantèrent le sol vieige du nouveau monde. La description de toutes les races diverses, réparties sur ce vaste continent, y aurait tenu une large place. Des vues scientifiques devaient s'y ajouter : animaux, végétaux, minéraux auraient trouvé dans And^ un Bulfon poétique.

Nais ce travail était peu avancé ; il n'était guère qu'à l'état embryonnaire de projet ; et, s'il faut dire toute notre pensée, nous croyons que Ghénier n'eût jamais achevé VÀmétique, pas plus peut-être que VHer^ mes, et que d*autres poèmes qui semblent le produit ou la suite de la première effervescence poétique do sa jeunesse.

Ce que nous disons s'applique également au poème de la SuperêtUwn, dont on connaît le fragment sur Alexandre VI, André Ghénier, esprit droit et net, savait que depuis la constitution des sociétés l'humanité avait toujours été saqrifiée aUK vues ambitieuses de seetes religieuses ou politiques, régnant sur elle par le moyen de la superstition et du charlatanisme religieux, politique et littéraire. De là l'idée de son poème, fort peu avancé d'ailleurs, qui aurait subi profondément l'influence de Voltaire et des encyclopédistes ; de là les fragments inédits eontre Swedenborg et Gagliostro.

A ce même ordre d'idées on peut aussi rattacher une grande satire

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