‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 39 sur 108 · LA PLAINTE DU FAUNE · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DU FAUNE

Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée. D’où coule une onde pure aux nymphes consacrée. Je suivis l’autre jour un doux et triste son.

Et d’un faune plaintif j’ouïs cette chanson :

« Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice! Hélas l j’aime Naïs; je l’aime sans espoir.

Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice. Écho plaît au berger, il vole pour la voir;

Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,

Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »

(Fris de Moschus.)

BUCOLIQ.UES.

l’amour

Rien n’est doux que l’amour, aucun bien n’est si cher ;; Près de lui le miel même à la bouche est amer. Celle qui n’aime point Vénus sur toutes choses ,

Elle ne connaît pas quelles fleurs sont les roses.

(Trad. d’une épigr. de No^is.)

Virginité chérie! ô compagne innocente!

Où vas-tu? Je te perds; ah! tu fuis loin de moi!

— Oui, je pars loin de toi ; pour jamais je m’absente. Adieu. C’est pour jamais. Je ne suis plus à toi.

(T rad. de Sapho.)

l’amour et les muses

« Les esclaves d’Amour ont tant versé de pleurs ! S’il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs !

Qu’il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille, Les Muses contre lui nous offrent un asile;

Les Muses, seul objet de mes jeunes désirs.

Mes uniques amours, mes uniques plaisirs.

L’Amour n’ose troubler la paix de ce rivage.

Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage,

Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi.

Chastes Muses, veillez, veillez toujours sur moi. »

— « Non, non, le dieu d’amour n’est point l’effroi des Musei Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses. ^

Le cœur qui n’aime rien a beau les implorer,

Leur troupe qui s’enfuit ne veut pas l’inspirer.

Qu’un amant les invoque, et sa voix les attire.

C’est ainsi que toujours elles montent ma lyre.

Si je chante les dieux ou les héros, soudain Ma langue balbutie et se travaille en vain.

Si je chante l’amour, ma chanson d’elle-même S’écoule de ma bouche et vole à ce que j’aime. »

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