‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 40 sur 108 · A VESPER · texte numérisé non relu

A VESPER

O quel que soit ton nom, soit Vesper, soit Phosphore, Messager de la nuit, messager de l’aurore.

Cruel astre au matin, le soir astre si doux ! Phosphore, le matin, loin de nos bras jaloux.

Tu fais fuir nos amours tremblantes, incertaines. Mais le soir, en secret, Vesper, tu les ramènes.

La vierge qu’à l’hymen la nuit doit présenter Redoute que Vesper se hâte d’arriver.

Puis, au bras d’un époux, elle accuse Phosphore De rallumer trop tôt les flambeaux de l’aurore. Brillante étoile, adieu, le jour s’avance, cours, Ramène-moi bientôt la nuit et mes amours.

BUCOLIQ.UES.

Blanche et douce colombe, aimable prisonnière, Quel injuste ennemi te cache à la lumière ?

Je t’ai vue aujourd’hui (que le ciel était beau !)

Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,

Au hasard, en tous lieux, languissante, muette. Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête. Caché dans le feuillage, et n’osant l’agiter.

D’un rameau sur un autre à peine osant sauter. J'avais peur que le vent décelât mon asile.

Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile,

De ne pouvoir aller, le ciel était si beau 1 Promener avec toi sur le bord du ruisseau.

Car, si j’avais osé, sortant de ma retraite.

Près de ta tête amie aller porter ma tête,

Avec toi murmurer et fouler sous mes pas Le même pré foulé sous tes pieds délicats.

Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie,

Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie.

Ces gardiens envieux qui te suivent toujours. Auraient connu soudain que tu fais mes amours. Tous les deux à l’instant, timide prisonnière, T’auraient, dans ta prison, ravie à la lumière.

Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau.

Te promener encor sur le bord du ruisseau.

Blanche et douce brebis à la voix innocente,

Si j’avais, pour toucher ta laine obéissante.

Osé sortir du bois et bondir avec toi.

Te bêler mes amours et t’appeler à moi.

Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite M’auraient vu. Par leurs cris ils t’auraient mis en fuite, Et pour te dévorer eussent fondu sur toi Plutôt que te laisser un moment avec moi.

POÉSIES d’aXDRÉ CHÉNIER.

Oui, jusque dans sa robe et le contour de lin Que presse la ceinture au-dessous de son sein, . Sans avoir son aveu, ta bouche pétulante A cherché la fraîcheur de sa gorge naissante.

Sur les deux ramiers blancs, le vautour indompté, Sur les deux ramiers blancs il s’est précipité :

Les deux oiseaux jumeaux qu’un même nid rassemble. Qui se cachent tous deux, qui s’élèvent ensemble, Dont le bec est de rose, et que l’œil plein d’ardeur Poursuit, touche de loin, et qui troublent le cœur.

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