‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 41 sur 108 · LE FOU PAR AMOUR · texte numérisé non relu

LE FOU PAR AMOUR

B est fou; il est la fable de tous les jeunes Cnidiens.

Pour lui, ce Praxitèle a, de sa main savante.

Des antres ck Paros fait sortir une amante ;

Car, malheureux rival d’Anchise et de Pâris,

Il aime ce beau marbre, image de Cypris.

Il a su, se cachant au fond du sanctuaire.

Passer toute une nuit près de l’idole chère.

Dont les contours divins ont laissé voir au jour La trace des fureurs d’un fol et vain amour.

Il est toujours au temple avec son immortelle :

Et là, seul, il la flatte : il lui dit qu’elle est belle ; L’appelle par des noms mielleux, tendres, brûlants. Et parcourt à plaisir et son sein et ses flancs.

BUCOLiaUES.

D’autres fois il arrive inquiet, irascible ;

La gronde, la nommant dure, froide, insensible ; Lui dit qu’elle est de pierre et qu’elle est sans appas ; Puis lui pardonne, pleure, et la tient dans ses bras ; (( Baise-moi, » lui dit-il, et sa bouche insensée Baise et presse longtemps cette bouche glacée.

D’un doux reproche encor la caresse ; et sa main La punit mollement d’un injuste dédain.

(Pris de I.ucien, Amours 1

Page 1