‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 42 sur 108 · LE SATYRE ET LA FLUTE · texte numérisé non relu

LE SATYRE ET LA FLUTE

Toil de Mopsus ami! Non loin de Bérécynthe, Certain satyre, un jour, trouva la flûte sainte Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux Le cortège énervé de la mère des dieux.

Il appelle aussitôt du Sangar au Méandre

Les nymphes de l’Asie, et leur dit de l’entendre;

Que tout l’art d’Hyagnis n’était que dans ce bui ; Qu’il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui. On s’assied. Le voilà qui se travaille et sue.

Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue.

Enfin sa joue épaisse, et fait tant qu’à la fin Le buis résonne et pousse un cri rauque et chagrin. L’auditoire étonné se lève, non sans rire.

Les éloges railleurs fondent sur le satyre

Qui pleure, et des chiens même, en fuyant vers le bois.

Évite comme il peut les dents et les abois.

Ne te souvient-il plus que les bois de Célène Virent punir jadis une audace aussi vaine?

Si Marsyas aussi n’eût bravé ses vainqueurs.

Ni son père Hyagnis, ni les nymphes ses soeurs.

POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Olympe son ami, les satyres ses frères,

N’auraient pleuré des dieux les victoires sévères.

Et ne l’auraient point vu, ceint d’humides roseaux, Errer dans la Phrygie en transparentes eaux.

Tu le sais ? et quel dieu, par tes présents séduit. Pour toi de l’avenir a dissipé la nuit ?

Est-ce Delphe ou Claros? tes yeux l’ont-ils su lire Dans le vol des oiseaux qu’ Apollon même inspire. Ou le vaisseau parleur qui chercha la toison A-t-il été pour toi ce qu’il fut pour Jason ?

De nuit, la nymphe errante à travers le bois sombre Aperçoit le satyre ; et, le fuyant dans l’ombre.

De loin, d’un cri perfide, elle va l’appelant.

Le pied-de-chèvre accourt, sur sa trace volant.

Et dans une eau stagnante, à ses pas opposée. Tombe, et sa plainte amère excite leur risée.

L’impur et fier époux que la chèvre désire Baisse le front, se dresse et cherche le satyre.

Le satyre, averti de cette inimitié.

Affermit sur le sol la corne de son pié ;

Et leurs obliques fronts, lancés tous deux ensemble, Se choquent ; l’air frémit, le bois s’agite et tremble.

Ma Muse fuit les champs abreuvés de carnage,

I Et ses pieds innocents ne se poseront pas Où la cendre des morts gémirait sous ses pas. Elle pâlit d’entendre et le cri des batailles,

Et les assauts tonnant qui frappent les murailles. Et le sang qui jaillit sous les pointes d’airain Souillerait la blancheur de sa robe de lin.

(l'raduit de Gessner.)

Un jeune berger dira :

Ma Muse échevelée, amante des naïades.

Suit leurs pas sous l’abri des obscures dryades ;

Et sa flûte à la main, va de ses doux concerts.

De vallons en vallons, réjouissant les airs.

Tout à coup les vallons, les airs, la grotte sombre. De joie, à ses concerts poussent des cris sans nombre. Car de ses doux accents, de ses vives chansons. Faunes, nymphes, pasteurs, ont reconnu les sons. Soudain, de toutes parts volent à son passage Les nymphes au front blanc couronné de feuillage, Le satyre au pied double, et faunes et sylvains.

Et vierges et pasteurs, et tous frappant leurs mains ; « La voilà, » disent-ils ; en tumulte ils accourent ;

Ils s’appellent l’un l’autre ; ils la fêtent, l’entourent. Se plaignent qu’elle ait pu si longtemps les quitter ; Elle rit; on la suit pour l’entendre chanter.

POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Il va chanter; courons, car les dieux l’ont aimé.

De lait, d’ambre, de miel son génie est formé.

Et ses vers, par la main des sœurs de Melpomène, Sont trempés dans les fleurs et dans l’onde hippocrène.

LU

Un berger poète dira :

Mes chants savent tout peindre ; accours, viens les entendr Ma voix plaît. Astérie, elle est flexible et tendre. Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts.

Les muses, le printemps, habitent dans mes vers.

Le baiser dans mes vers étincelle et respire.

La source aux pieds d’argent qui m’arrête et m’inspire Y roule en murmurant son flot léger et pur.

Souvent avec les deux il se pare d’azur.

Le souffle insinuant, qui frémit sous l’ombrage.

Voltige dans mes vers comme dans le feuillage.

Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs,

Soit les fleurs dont l’été ranime les couleurs.

Soit celles que seize ans, été plus doux encore.

Sur une belle joue ont l’art de faire éclore.

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