LUI
En commencer une par ces vers qui sont une légère imitation d’un sonnet de Zappi :
Près des bords où Venise est reine de la mer,
Le gondolier nocturne, au retour de Vesper,
BUCOLIQ.UES.
D’un aviron léger bat la vague aplanie,
Chantant Renaud, Tancrède et la belle Erminie.
Il aime les chansons, il chante. Sans désir.
Sans gloire, sans projets, sans craindre l’avenir.
Il chante, et, cheminant sur le liquide abîme.
Sait égayer, ainsi sa route maritime.
. Comme lui je me plais à chanter.
Les rustiques chansons que j’aime à répéter Adoucissent pour moi la route de la vie,
Route amère et souvent de naufrage suivie.
\5ens donc, tu vas ouïr, ami, ce qu’Alexi^ *
Écoute et puis répond à son tour à Daphms.
Alexis et Daphnis, de campagnes voisines.
Se trouvèrent ensemble au penchant des collines. Tous deux jeunes, tous deux ornés de blonds cheveux. Tous deux nés aux chansons, à la flûte tous deux.
Je sais, quand le midi leur fait désirer l’ombre. Entrer à pas muets sous le roc frais et sombre. D’où, parmi le cresson et l’humide gravier,
La naïade se fraye un oblique sentier.
Là j’épie à loisir la nymphe blanche et nue.
Sur un banc de gazon mollement étendue.
Qui dort, et sur sa main, au murmure des eaux. Laisse tomber son front couronné de roseaux.
Le lys est le plus beau des enfants du zéphire, Il lève un front superbe et demande Tempire,
90 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Des suaves esprits dans sa coupe formés, l,
L’air, les eaux, le bocage, au loin sont embaumés. ,
Sous l’herbe, loin des yeux, plus aimable et moins bel La violette fuit. Son parfum la révèle.
Avertit qu’elle est là ; que, voulant se cacher Là, pour le sein qu’on aime, il faut l’aller chercher.