‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 45 sur 108 · THESTYLIS · texte numérisé non relu

THESTYLIS

On dit que l’on a vu, de roses couronné.

Le jeune et beau printemps sur nos bords ramené.

BUCOLiaUES.

C’est aux autres amants dont Tamante est fidèle De chanter les douceurs de la saison nouvelle. Thestylis m'abandonne; elle a trahi sa foi;

Il n’est plus de printemps ni de roses pour moi.

A l’hirondelle

Fille de Pandion, ô jeune Athénienne,

La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine.

Et nourrit tes petits qui , débiles encor.

Nus, tremblants, dans les airs n osent prendre l’essor. Tu voles; comme toi la cigale a des ailes.

Tu chantes, elle chante. A vos chansons fidèles Le moissonneur s’égaye, et l’automne orageux En des climats lointains vous chasse toutes deux. Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie A ton nid sans pitié cette innocente proie?

Et faut-il voir périr un chanteur sans appui Sous la morsure, hélas! d’un chanteur comme lui!

(Trad. d’Événus de Paros.)

CONTRE l’hirondelle

Que te ferai-je? dis! babillarde hirondelle! Veux-tu qu’avec le fer je te coupe ton aile ! Térée impatient, veux-tu qu’avec mes doigts Je t’ôte cette langue, et l’importune voix

POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Qui vient dès le matin, du sommeil ennemie, A mes songes heureux, enlever mon amie ?

(Trad. d’Anacréon.)

Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide, Lorsque d’un pas tremblant l’indigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus. Recueillir après toi les restes superflus.

Sou viens-toi que Cybèle est la mère commune. Laisse la probité que trahit la fortune.

Comme l’oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds De quelques grains épars sur la terre oubliés.

(Tiré de Thomson.)

Fille du vieux pasteur, qui d’une main agile Le soir emplis de lait trente vases d’argile.

Crains la génisse pourpre, au farouche regard.

Qui marche toujours seule et qui paît à l’écart.

Libre, elle lutte et fuit, intraitable et rebelle; ô

Tu ne presseras point sa féconde mamelle,

A moins qu’avec adresse un de ses pieds lié

Sous un cuir souple et lent ne demeure plié. '

(Vu et fait à Catillon, près Forges, !e 4 août 1702, et \ écrit à Gournay le lendemain.) ' J

Ah ! ce n'est point à moi qu’on s’occupe de plaire. Ma sœur plus tôt que moi dut le jour à ma mère.

Si quelques beaux bergers apportent une fleur,

Je vois qu’en me l’oflrant ils regardent ma sœur. S’ils vantent les attraits dont brille mon visage,

Ils disent à ma sœur : « C'est ta vivante image. » Ah ! pourquoi n’ai-je encor vu que douze moissons ? Nul amant ne me flatte en ses douces chansons;

Nul ne dit qu’il mourra si je suis infidèle.

Mais j’attends. L’âge vient. Je sais que je suis belle. Je sais qu’on ne voit point d’attraits plus désirés Qu’un visage arrondi, de longs cheveux dorés.

Dans une bouche étroite un double rang d’ivoire.

Et sur de beaux yeux bleus une paupière noire.

A compter nos brebis je remplace ma mère;

Dans nos riches enclos j’accompagne mon père,

J’y travaille avec lui. C’est moi de qui la main.

Au retour de l’été, fait résonner l’airain Pour arrêter bientôt d’une ruche troublée.

Avec ses jeunes rois, la jeunesse envolée.

Une ruche nouvelle à ces peuples nouveaux

Est ouverte ; et l’essaim, conduit dans les rameaux

Qu’un olivier voisin présente à son passage.

Pend en grappe bruyante à son amer feuillage.

POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Toujours ce souvenir m’attendrit et me touche, Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche, Riant et m’asseyant sur lui, près de son cœur, M’appelant son rival et déjà son vainqueur.

Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre A souffler une haleine harmonieuse et pure ;

Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts, Leslevaient, les baissaient, recommençaient vingtfois. Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,

A fermer tour à tour les trous du buis sonore.

« Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde,

La brebis se traînant sous sa laine féconde.

Au dos de la colline accompagnent les pas,

A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas !

Par Gérés, par sa fille et la Terre sacrée.

Une grâce légère, autant que désirée.

Ah 1 près de vous, jadis, elle avait son berceau.

Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.

Que vos agneaux du moins viennent près de ma cendre Me bêler les accents de leur voix douce et tendre. Et paître au pied d’un roc où d’un son enchanteur La flûte pariera sous les doigts du pasteur.

Qu’au retour du printemps, dépouillant la prairie. Des dons du villageois ma tombe soit fleurie;

Puis d’une brebis mère et docile à sa main.

En un vase d’argile il pressera le sein.

BUCOLIQ.UES.

Et sera chaque jour d’un lait pur arrosée La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée. Morts et vivants, il est encor pour nous unir Un commerce d’amour et de doux souvenir. »

’ Oest en songe que la jeune Mnais est venue leur I cela.

(l'rad. de Léonidas de Tarante.)

dire

3 O mes brebis...

i Et vos blanches toisons par le fer moissonnées, j En tissus précieux mollement façonnées,

Pour presser, quand l’hiver soufflera les frimas. De nos hères beautés les membres délicats. Iront, passant au loin Fonde phénicienne. Emprunter au murex sa pourpre tyrienne.

PARDALIS

Reste ici, Pardalis; [prends garde,] vagabonde.

Qu’il ne me faille encor, dans la forêt profonde. Suivre pour te chercher. . . la cloche d’argent

Dont j’ai su te parer

i Reste, ma Pardalis. Viens, ma belle génisse.

I Ici croît le narcisse.

i Reste; si tü me fuis, tu n’auras plus ma main I Pour y venir trouver ou du sel ou du pain.

POÉSIES d'aNDRÉ CHÉNIER.

Tu ne bondiras plus aux chants de ma musette.

Un ivoire élégant se courbe sur ta tête. ■;

Ton regard est serein, tu mugis doucement, "j

Ton lait est le plus doux qu’un sein pur et fertile J Ait jamais fait couler dans mon vase d’argile.^

La fille d’Inachus, quand le maître des dieux La fit mugir aussi près du pntre aux cent yeux.

Était moins que toi belle et de grâces ornée ; *

Et pourtant, près du Nil, de lotos couronnée, ‘‘ Elle voit aujourd’hui, dans son temple divin.

Ses prêtres revêtir des tuniques de lin. ■

Des vallons de Bourgogne, ô toi fille limpide. Qui pares de raisins ton front pur et liquide. Belle Seine, à pas lents, de ton berceau sacré Descends, tandis qu’assise en cet antre azuré. D’un vers syracusain la Muse de Mantoue Fait résonner ton onde où le cygne se joue.

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