LES JARDINS
Secrets observateurs, leur studieuse main En des vases d’argile et de verre et d’airain Enferme la nature et les riches campagnes.
Ce sont là leurs vallons, leurs forêts, leurs montagnes. Barbares possesseurs, Procustes furieux.
Sous le niveau jaloux leur fer injurieux
BUCOLIQ.UES.
j Mutile sans pitié les plaintives dryades.
* Le plomb, les murs de pierre enchaînent les naïades, I De bassins en bassins, de degrés en degrés, j Guident leur chute esclave et leurs pas mesurés.
( Là, quelle muse libre et naïve et fidèle ( Peut naître? Loin du bois, comme si Philomèle, j Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur ; A ciselé l’acanthe ou le lierre imposteur,
I Allait chercher ces sons dont le printemps s’honore, I Délices de la nuit, délices de l’aurore !
j Je veux qu’on imite les anciens.
Comme aux bords d’Eurotas
Lorsqu’une épouse est près du terme de Lucine,
On suspend devant elle, en un riche tableau.
Ce que l’art de Zeuxis anima de plus beau;
Apollon et Bacchus, Hyacinthe, Nirée,
Avec les deux Gémeaux leur sœur tant désirée. L’épouse les contemple ; elle nourrit ses yeux De ces objets, honneur de la terre et des deux ;
Et de son flanc, rempli de ces formes nouvelles. Sort un fruit noble et beau comme ces beaux modèles.
( l'rad. d'Oppien, Chasse, 1.)
Comme aux jours de l’été, quand d’un ciel calme et Sur la vague aplanie étincelle l’azur.
Le dauphin sur les flots sort et bondit et nage. S’empressant d’accourir vers l’aimable rivage
98 POÉSIES d’aNDRÉ CHENIER.
Où, SOUS des doigts légers, une flûteaux doux sons'. Vient égayer les mers de ses vives chansons ;
Ainsi .i
(Imité de Pindare, dans Plutarque.) ;