Livre à vos favoris la nature et le monde
Par vous mon âme, au gré de ses illusions.
Vole et franchit les temps, les mers, les nations.
Va vivre en d’autres corps, s’égare, se promène.
Est tout ce qu’il lui plaît, car tout est son domaine.
Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin.
Je vais changer en miel les délices du thym. '
Rose, un sein palpitant est ma tombe divine. ^
Frêle atonie d’oiseau, de leur molle étamine !
Je vais sous d’autres cieux dépouiller d’autres fleurs.j Le papillon plus grand offre moins de couleurs ;
Et rOrénoque impur, la Floride fertile x\dmirent qu’un oiseau si tendre, si débile, ^
Mêle tant d’or, de pourpre, en ses riches habits.
Et pensent dans les airs voir nager des rubis. > Sur un fleuve souvent l’éclat de mon plumage ; Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage. : Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras Je presse mollement des membres délicats, i
Mille fraîches beautés que partout j’environne; ' Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne, Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux.
Partout autour de toi je veille, j’ai des yeux.
Partout, sylphe ou zéphyr, invisible et rapide,
Je te vois. Si ton cœur complaisant et perfide Livre à d’autres baisers une infidèle main, '
Je suis là. C’est moi seul dont le transport soudain. Agitant tes rideaux ou ta porte secrète, ■
ÉLÉGIES
Par un bruit imprévu t’épouvante et t’arrête.
C’est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton cœur Mon nom et tes serments et ma juste fureur...
Mais périsse l’amant que satisfait la crainte !
Périsse la beauté qui m’aime par contrainte,
Q.ui voit dans ses serments une pénible loi,
Et n’a point de plaisir à me garder sa foi !