AUX DEUX FRÈRES 7R U DAINE
Amis, couple chéri, cœurs formés pour le mien.
Je suis libre. Camille à mes yeux n’e^ plus rien. L’éclat de ses yeux noirs n’éblouit plus ma vue ; Mais cette liberté sera bientôt perdue.
Je me connais. Toujours je suis libre et je sers ; Être libre pour moi n’est que changer de fers. Autant que l’univers a de beautés brillantes,
Autant il a d’objets de mes flammes errantes.
Mes amis, sais-je voir d’un œil indifférent Ou l’or des blonds cheveux sur lalbâtre courant. Ou d’un flanc délicat l'élégante noblesse.
Ou d’un luxe poli la savante richesse ?
Sais-je persuader à mes rêves flatteurs
Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs i
Qu’une bouche où la rose, où le baiser respire.
Peut cacher un serpent à l’ombre d’un sourire ?
Que sous les beaux contours d’un sein délicieux Peut habiter un cœur faux, parjure, odieux ?
Peu fait à soupçonner le mal qu’on dissimule.
Dupe de mes regards, à mes désirs crédule.
Elles trouvent mon cœur toujours prêt à s’ouvrir. Toujours trahi, toujours je me laisse trahir.
Je leur crois des vertus dès que je les vois belles. Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles ! Relevé d’une chute, une chute m’attend ;
De Charybde à Scylla toujours vague et flottant.
Et toujours loin du bord jouet de quelque orage.
Je ne sais que périr de naufrage en naufrage.
Ah! je voudrais n’avoir jamais reçu le jour
ÉLÉGIES
Dans ces vaines cités que tourmente l’amour,
Où les jeunes beautés, par une longue étude^
Font un art des serments et de l’ingratitude.
Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs.
Eh ! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs, Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles.
Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles 1 Oh ! que ne suis-je enfant de ce lac enchanté Où trois pâtres héros ont à la liberté Rendu tous leurs neveux et l’Helvétie entière î Faible, dormant encor sur le sein de ma mère,
Oh ! que n’ai-je entendu ces bondissantes eaux, Xes fleuves, ces torrents, qui de leurs froids berceaux Viennent du bel Hasly nourrir les doux ombrages ! Hasly ! frais Elysée ! honneur des pâturages !
Lieu qu’avec tant d'amour la nature a formé.
Où l’Aar coule un or pur en son onde semé.
Là, je verrais assis, dans ma grotte profonde,
La génisse traînant sa mamelle féconde.
Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent,
A pas lents agiter sa cloche au son d’argent. Promener près des eaux sa tête nonchalante.
Ou de son large flanc presser l’herbe odorante.
Le soir, lorsque plus loin s’étend l’ombre des monts. Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds. Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes.
Cet air que d’Appenzel répètent les montagnes.
5i septembre, cédant au long mois qui le suit. Marquait de froids zéphirs l’approche de la nuit. Dans ses flancs colorés une luisante argile Carderait sous mon toit un feu lent et tranquille. Du, brûlant sur la cendre à la fuite du jour,
Jn mélèze odorant attendrait mon retour.
Jne rustique épouse et soigneuse et zélée,
Manche (car sous l’ombrage au sein de la vallée -es fureurs du soleil n’osent les outrager), vl’oflrirait le doux miel, les fruits de mon verger, -e lait, enfant des sels de ma prairie humide.
I 76 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide,
En un globe fondant sous ses mains épaissi,
En disque savoureux à la longue durci ;
Et cependant sa voix simple et douce et légère Me chanterait les airs que lui chantait sa môre. Hélas ! aux lieux amers où je suis enchaîné,
Ce repos à mes jours ne fut point destiné.
J’irai : Je veux jamais ne revoir ce rivage, .
Je veux, accompagné de ma muse sauvage,
Revoir le Rhin tomber en des gouffres profonds,
Et le Rhône grondant sous d’immenses glaçons,
Et d’Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse. Je vole, je parcours la cime harmonieuse Où souvent de leurs cieux les anges descendus. En des nuages d’or mollement suspendus.
Emplissent l’air des sons de leur voix éthérée.
O lac, fils des torrents ! ô Thun, onde sacrée ! Salut, monts chevelus, verts et sombres rempart' Qui contenez ses flots pressés de toutes parts ! Salut, de la nature admirables caprices.
Où les bois, les cités, pendent en précipices !
Je veux, je veux mourir sur vos sommets touffus Je veux, jouet errant de vos sentiers confus. Foulant de vos rochers la mousse insidieuse.
Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse :
Et toi, grotte escarpée et voisine des cieux,
Qui d’un ami des saints fus l’asile pieux.
Voûte obscure où s'étend et chemine en silence L’eau qui de roc en roc bientôt fuit et s’élance,
Ah ! sous tes murs, sans doute, un cœur trop agit Retrouvera la joie et la tranquillité !
ÉLllGII-S.
FRAGMENTS DMM.ÉGIES
Je suis en Italie, en Grèce. 0 terres, mères des arts, favorables aux vertus ! O beaux-arts ! de ceux qui vous liment délicieux tourments ! Seul au milieu d'un cercle lombreux, tantôt de vivantes couleurs une toile enjlamnée s'offre tout à coup à mon esprit.
Ft| ma main veut fixer ces rapides tableaux , li fré‘mit et s’élance et vole ses pinceaux ;
Tantôt m’éblouissant d’une clarté soudaine, j,a sainte poésie et m’échauffe et m’entraîne,
:t ma pensée, ardente à quelque grand dessein, in vers tumultueux bouillonne dans mon sein.
Du bien dans mon oreille un fils de Polymnie,
V qui Naple enseigna la sublime harmonie,
Sl laissé pour longtemps un aiguillon vainqueur :t son chant... retentit dans mon cœur.
Alors mon visage s'eujlamme, et celui qui me voit se 'it que ma raison a besoin d'ellébore. Mais des choses bien lus importantes... Je parcours le Forum, le Sénat. J'y uis entouré d'ombres sublimes. J'entends la voix des iracchus, etc... Cincinnatus, Caton, Brut us... Je vois ^.s palais qu'ont habités Germanicus et sa femme.., Thraéas, Soranus, Sénécion, Rustique.
En Grèce, tous les peuples différents, chacun avec son ''ont, son visage, sa physionomie, passent en revue devant tes yeux. Chacun est conduit par ses héros qn'it faut ommer. Comme l'énumération d'Homére. Périssent
POÉSIES d’aNDRÉ CHENIER.
ceux qui traitent de préjugé V admiration pour tous ces modèles antiques et qui ne veulent point savoir que les grandes vertus constantes et solides ne sont qu'aux lieux i où vit la liberté. Hos iitinam inter heroas tellus me prima tulisset ! Si j'avais vécu dans ces temps :
Des belles voluptés la voix enchanteresse N’aurait point entraîné mon oisive jeunesse.
Je n’aurais point, en vers de délices trempés Et de l’art des plaisirs mollement occupés,
Plein des douces fureurs d’un délire profane.
Livré nue aux regards ma muse courtisane ;
J’aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats,
Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ;
Et si du grand César l’invincible génie A Pharsale eût fait vaincre enfin la tyrannie.
J’aurais su, finissant comme j’avais vécu, I
Sur les bords africains, défait et non vaincu, |
Fils de la liberté, parmi ses funérailles, J
D’un poignard vertueux déchirer mes entrailles. 1 Et des pontifes saints les bancs religieux |
Verraient même aujourd’hui vingt sophistes pieux J Prouver en longs discours appuyé de maximes j Que toutes mes vertus furent de nobles crimes, j Que ma mort fut d’un lâche, et que le bras divin i M’a gardé des tourments qui n’auront point de fin.l
Mais, mes deux amis, mes compagnons, je ne veuM point souhaiter un monde meilleur où vous ne seriez pas]^ Plût au ciel que nous y eussions été ensemble, nous aurionst formé un triumvirat plus vertueux que celui... Mais\ vivons comme ces grands hommes. Que la fortune en\ agisse avec nous comme il lui plaira : nous sommes! trois contre elle. {Tout cela doit être fait de verve surà les lieux.) ■
ÉLÉGIES
O délices d’amour ! et toi, molle paresse,
;Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse !
[Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts, ÎDes Alpes vainement j’ai franchi les remparts;
;Rome d’amours en foule assiège mon asile . jSage vieillesse, accours ! ô déesse tranquille,
ÎDe ma jeune saison éteins ces feux brûlants,
|Sage vieillesse ! Heureux qui, dès ses premiers ans, A senti de son sang, dans ses veines stagnantes. Couler d’un pas égal les ondes languissantes ;
Dont les désirs jamais n’ont troublé la raison;
Pour qui des yeux n’ont point de suave poison;
Au sein de qui jamais une absente perdue M’a laissé l’aiguillon d’une trop belle vue;
2ui, s’il regarde et loue un front si gracieux,
Me le voit plus, sitôt qu’il n’est plus sous ses yeux ! Doux et cruels tyrans, brillantes héroïnes.
Femmes, de ma mémoire habitantes divines. Fantômes enchanteurs, cessez de m’égarer.
O mon cœnr ! ô mes sens ! laissez-moi respirer. Laissez-moi dans la paix de l’ombre solitaire. Travailler à loisir quelque œuvre noble et hère Oui, sur l’amas des temps propre à se maintenir, Me recommande aux yeux des âges à venir.
Mais, non! j’implore en vain un repos favorable;
Je t’appartiens. Amour, Amour inexorable !
Ohl c’est toi! Je t’attends, ô ma belle Romaine, Chez toi, dans cet asile où le soir nous ramène,
l8o POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Seul je mourais d’attendre et tu ne venais pas.
Mon cœur en palpitant a reconnu tes pas.
Cette molle ottomane
Ces glaces, tant de fois belles de ta présence,
Ces coussins odorants, d’aromates remplis,
Sous tes membres divins tant de fois amollis;
Ces franges en festons que tes mains ont touchées. Ces fleurs dans ces cristaux par toi-même attachées L’air du soir si suave à la fin d’un beau jour.
Tout embrasait mon sang : tout mon sang est amour. Non, plus de feux jamais, non, jamais plus d’ivresses N’ont chatouillé ce cœur aflamé de caresses.
Je veux rassasier cet amour indompté
[De] qui seul est la beauté.
Je veux que sur mon sein, et plus qu’à demi nue.
Tu repaisses mes sens d’une si belle vue.
Viens encore opposer à mes brûlants transports i De tes bras envieux la lutte et les eflbrts; ,
[M’opposer] ou ton ordre ou ta douce prière.
Ou du lin ennemi la jalouse barrière ;
Mes bras, plus que les tiens agiles et pressants. Forceront le rempart de tes bras impuissants.
Mes baisers, sur ta bouche ou timide ou colère. Repousseront ton ordre ou ta douce prière.
Robe, lin, ces gardiens de tes charmes si beaux.
Sous mes fougueuses mains voleront en lambeaux.
A ma victoire alors tout entière livrée, *
Il faudra bien céder- à te voir adorée, \
Lorsque pour se couvrir, enfin, tous tes appas ] N’auront que mes fureurs et ma bouche et mes bras, i
Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs, j Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs, l
ÉLÉGIES. l8l
Sous ses hauts monts ainsi l’Allobroge recèle^
Sous ses monts, de l’hiver la patrie éternelle,
Et les fleurs du printemps et les biens de l’été.
Sur leurs arides fronts le voyageur porté S’étonne. Auprès des rocs d’âge en âge entassée.
En flots âpres et durs brille une mer glacée.
A peine sur le dos de ces sentiers luisants,
Un bois armé de fer soutient ses pas glissants.
Il entend retentir la voix du précipice.
Il se tourne et partout un amas se hérisse De sommets ou brûlés ou de glace épaissis.
Fils du vaste mont Blanc, sur leurs têtes assis,
Et qui s’élève autant au-dessus de leurs cimes Qu’ils s’élèvent eux-mêmes au-dessus des abîmes. Mais bientôt à leurs pieds qu’il descende ; à ses yeux S’étendent mollement vallons délicieux.
Pâturages et prés, doux enfants des rosées.
Trient, Cluses, Maglan, humides Élysées,
Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.
Il n’est donc plus d’espoîr, et ma plainte perdue A son esprit distrait n’est pas même rendue ! Couchons-nous sur sa porte. Ici, jusques au jour Elle entendra les pleurs d’un malheureux amour. Mais, non... fuyons... Une autre, avec plaisir tentée. Prendra soin d’accueillir ma flamme rebutée.
Et de mes longs tourments pour consoler mon cœur. . . Mais plutôt renonçons à ce sexe trompeur.
Qui ? moi? j’aurais voulu sur ce seuil inflexible Tenter à mes douleurs un cœur inaccessible ;
J’aurais flatté, gémi, pleuré, prié, pressé!...
A me dire coupable elle m’aurait forcé...
i82 poésies d’aNDRÉ CHÉNIER.
Que l’amour au plus sage inspire de folie ! ■
Allons ; me voilà libre, et pour toute ma vie.
Oui, j’y suis résolu : je n’aimerai jamais ;
J’en jure... Ma perfide avec tous ses attraits Ferait pour m’apaiser un effort inutile...
J’admire seulement qu’à ce sexe imbécile Nous daignions sur nos vœux laisser aucun pouvoir; t Pour repousser ses traits, en n’a qu’à le vouloir." î Ingrate que j’aimais, je te hais, je t’abhore... j
Mais quel bruit à sa porte... Ah ! dois-je attendre encon J’entends crier les gonds... On ouvre, c’est pour moi Oh ! ma... m’aime et me garde sa foi...
Je l’adore toujours... Ah ! dieux ! ce n’est pas elle !
Le vent seul a poussé cette porte cruelle.
Quand le charme qui suit les premières années Ne m’offrait devant moi que belles destinées ; Assuré de mes dieux, quand mes jeunes projets Me promettaient un nom, des plaisirs, des succès.
Au sein de mes amis une vieillesse heureuse :
Ah ! je ne pensais pas, faible et naissant flambeau. Sitôt m’aller éteindre en un obscur tombeau.
De maux prématurés la foule qui m’assiège Méconnaît de mes ans le faible privilège.
Et je vivrais aux pleurs, aux tourments condamné. Esclave volontaire à la vie enchaîné.
Pour maudire mon sort, mes douleurs, ma faiblesse. Pour traîner à vingt ans une infirme vieillesse !
Dans mes reins agités quand des sables brûlants S’ouvrent un dur passage et déchirent mes flancs.
Il vaut mieux n’être pas que d’être misérable.
ÉLÉGIES
Tout mortel se scu’age à parler de ses maux.
Le suc que d’Amérique enfantent les roseaux Tempère au moins un peu les breuvages d’absinthe. Ainsi le fiel d’amour s’adoucit par la plainte ;
Soit que le jeune amant raconte son ennui A quelque ami jadis agité comme lui,
Soit que, seul dans les bois, ses éloquentes peines Ne s’adressent qu’aux vents, aux rochers, aux fontaines.
{Imité de Callimaqae. Fragm.)
Je t’indique le fruit qui m’a rendu malade ;
Je te crie en quel lieu, sur la route, est caché Un abîme, où déjà mes pas ont trébuché;
D’un mutuel amour combien doux est l’empire ! Heureux, et plus heureux que je ne saurais dire.
Deux cœurs qui ne font qu’un, dont la vie et l'amour N’auront, dans un long temps, qu’un même dernier jour Mais bien peu, qu’ont séduits de si douces chimères.
Ont fui le repentir et les larmes amères.
O poètes amants ! conseillers dangereux.
Qui vantez la douceur des tourments amoureux.
Votre miel déguisait de funestes breuvages;
Sur les rochers d’Eubée, entourés de naufrages.
Allumant dans la nuit d’infidèles flambeaux.
POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Vous avez égaré mes crédules vaisseaux.
Mais que dis-je? vos vers sont tous trempés de larmes.!
Ce n'est pas vous qui m'avei perdît... Si je vous avais cru... C'est moi - même ; c'est elle et ses yeux... et sa blancheur .. . et ses artifices et ma... et ma...
Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frère: Chacun d’un front serein déguise ses misères.
Chacun ne plaint que soi. Chacun, dans son ennui Envie un autre humain qui se plaint comme lui.
Nul des autres mortels ne mesure les peines,
Qu’ils savent tous cacher comme il cache les siennes Et chacun, l’œil en pleurs^ en son cœur douloureux Se dit : « Excepté moi^ tout le monde est heureux. »
Ils sont tous malheureux. Leur prière importune Crie et demande au ciel de changer leur fortune.
Ils changent; et bientôt, versant de nouveaux pleurs,
Ils trouvent qu’ils n’ont fait que changer de malheurs.
Ainsi lorsque souvent le gouvernail agile De Douvre ou de Tanger fend la route mobile. Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant.
Le passager languit malade et chancelant.
Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante Tourne comme le vent qui souffle la tourmente. Et son cœur nage et flotte en son sein agité. Comme de bonds en bonds le navire emporté.
Il croit sentir sous lui fuir la planche légère ;
ÉLÉGIES
Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots Inonde les tapis destinés au repos.
Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage : Stupide, il a perdu sa force et son courage,
Il ne retrouve plus ses membres engourdis.
Il ne peut secourir son ami ni son fils.
Ni soutenir son père, et sa main faible et lente Ne peut serrer la main de sa femme expirante.
Fait en partie dans Je vaisseau^ en allant à Douvres couché et souffrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre lySy.
Sans parents, sans amis et sans concitoyens,
Oublié sur la terre et loin de tous les miens,
Par les vagues jeté sur cette île farouche.
Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. Auprès d’un noir foyer^ seul, je me plains du sort. Je compte les moments, je souhaite la mort ;
Et pas un seul ami dont la voix m’encourage.
Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein. Me dise : « Qu’as-tu donc ? » et me presse la main.
Londres, décerrvbre 1787.
Je vis. Je souffre encor ; battu de cent naufrages. Tremblant, j’affronte encore la mer et les orages. Quand je n’ai qu’à vouloir pour atteindre le port! Lâche ! aime donc la vie, ou n'attends pas la mort
Le doux sommeil habite où sourit la fortune , Pareil aux faux amis, le malheur l'importune .
Il vole se poser, loin des cris de douleurs,
Sur des yeux que jamais n’ont altérés les pleurs.
D’un cœur moins agité la mère chaque jour.
Du soigneux Esculape attendant le retour.
Avec moins de terreur et moins de défiance Consulte ses regards, ses discours, son silence.
— O sois heureux ! Sur toi que les dieux bienfaisants Versent tout ce qu’ils ont de plus riches présents!
Et si ton lit connut les dons de 1 hyménée Que tes fils, à travers les biens et les douceurs. D’une longue vieillesse atteignent les honneurs : Que longtemps, de leur père antique et vénérable. Leur cohorte brillante environne la table 1 Mortel égal aux dieux, dont les savantes mains Font obéir la vie aux désirs des humains.
Tu reprends au tombeau son innocente proie ;
Dans la maison du deuil tu ranimes la joie ;
D’un corps débile et lent tu chasses les douleurs, Dans les yeux maternels tu sais tarir les pleurs.
ir
ÉLÉGIES
SUR LA MORT d’uN ENFANT
L’innocente victime, au terrestre séjour,
N’a vu que le printemps qui lui donna le jour.
Rien n’est resté de lui qu’un nom, un vain nuage, Un souvenir, un songe, une invisible image.
Adieu, fragile enfant échappé de nos bras;
Adieu, dans la maison d’où l’on ne revient pas. Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte La campagne d’été rend la ville déserte ;
Dans l’enclos paternel nous ne te verrons plus.
De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus, Presser l’herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne. L’axe de l’humble char à tes ‘qeux destiné,
Par de fldèles mains avec toi promené.
Ne sillonnera plus les prés et le rivage.
Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage. N’inquiéteront plus nos soins officieux ;
Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux Les efforts impuissants de ta bouche vermeille A bégayer les sons offerts à ton oreille.
Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous, Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.
Ni l’art de Machaon, ni la plante divine Qui ranime le flanc des biches de Gortyne,
l88 POÉSIES d’ ANDRÉ CHÉNIER.
Ni les chants de Circé qui font pâlir le jour, N’ont pouvoir de guérir la blessure d’amour. Des bois américains l’écorce bienfaisante N’éteint pas les accès de cette fièvre ardente Ils redoublent souvent. Souvent. . .
Le guerrier Scandinave, effroi du nord barbare. N’osa point regarder la belle Konismare ;
Il osait bien marcher d’un œil calme et serein Contre les feux tonnants et ks bouches d’airain,
Je revois tous ses traits, son air, son vêtement; Comme elle était assise, et son geste charmant. C’est ainsi qu’avec grâce elle tournait la tête. Ainsi qu’elle parlait, qu’elle restait muette.
Que ses cheveux erraient négligemment épars ; Et telle était sa voix, et tels ses doux regards.
(Pris d’Ovide, Fastes^ II.)
O peuple des oiseaux,
Qui traversez les airs ou nagez sur les eaux.
Vos destins sont heureux. Vous planez sur des ailes. Vos grâces, vos couleurs plaisent aux yeux des belles,'
Ljriiri
ÉLÉGIES. ’ 189
' Souvent de leurs baisers vous goûtez les douceurs.
Et la mort elle-même ajoute à vos honneurs.
I C’est ainsi que D’.r.. voit vos plumes brillantes En un faisceau léger, sur la gaze ondoyantes, i Parer sa belle tête, et, sur ce front charmant,
; Etendre un doux ombrage et flotter mollement.
Pour elle, en ce moment, au sortir de son lit.
Dans ces coupes dont Sèvre, émule de la Chine, Façonne et fait briller la pâte blanche et fine.
Les glands dont l’Yémen recueille la moisson Mêlent aux flots de lait leur amère boisson,
Ou du noir cacao la liqueur onctueuse
Teint sa bouche et ses lis d’une empreinte écumeuse.
Non, laisse-moi : retiens ces discours caressants. Ces sourires trompeurs autant que séduisants^
Et ces yeux si divins quand ils font des blessures. Ces lèvres tant de fois si doucement parjures.
Et ce baiser si doux, mais souvent inhumain.
Sceau d’un amour constant, scellé souvent en vain. Ce transport aujourd’hui, parle, est-il bien sincère? Je doute, je balance et crains quelque mystère.
Que veux-tu? Quel projet ton cœur a-t-il formé ? Le mien à ses détours est trop accoutumé.
Je ne sais ; rarement en un excès si tendre Tes caresses le jour ont osé se répandre.
Qu’elles ne m’aient caché sous leurs baisers menteurs
POÉSIES d’aXDRÉ CHÉNIER.
Quelque piège imprévu qui me coûtait des pleurs. Oh ! ne me trahis point. Grâce, ô belle perfide !
(Lecoinmenc. prise de Shakespeare, Mes. pour mes.)
Non, ces doctes beautés n’ont plus d’attraits pour moi, Dont le cœur ne bat plus ni d’amour, ni d’effroi; Qui sont faites à tout, dont le hardi sourire Entend tout, connaît tout, sait tout ce qu’on veut dire; Dont, même en nous trompant, le visage imposteur Daigne feindre l’amour et jamais la pudeur.
Partons, la voile est prête, et Bysance m’appelle.
Je suis vaincu, je fuis. Au joug d’une cruelle.
Les temps, les longues mers peuvent seuls m’arracher j Ses traitsque, malgré moi, je vais toujours chercher Son image partout à mes yeux répandue, ^
Et les lieux qu’elle habite, et ceux où je l’ai vue, T Son nom qui me poursuit, tout offre à tout moment j Au feu qui me consume un funeste aliment...
Ma chère liberté, mon unique héritage,
Trésor qu’on méconnaît tant qu’on en a l’usage,
Si doux à perdre, hélas ! et sitôt regretté.
M’attends-tu sur ces bords, ma chère liberté ?
ÉLÉGIES
Ah ! le pourrai-je au moins ? suis-je assez intrépide ? Et toute belle enfin serait-elle perfide ?
Moi, tendre, même faible ‘et dans Tâge d’aimer, Faut-il n’oser plus voir tout ce qui peut charmer? Quand chacun à l’envi jouit, aime, soupire.
Faut-il donc de Vénus abjurer seul l’empire?
Ne plus dire : Je t’aime! et dormir tout le jour,
1 Sans avoir pour adieux quelques baisers d’amour ?
! Et lorsque les désirs, les songes ou l’aurore, -Troubleront mon sommeil, me réveiller encore, s Sans que ma main déserte et seule à s’avancer Trouve dans tout mon lit une main à presser ?
Oh ! de nœuds mutuels, dieux, formez nos liens l Ou donnez-lui des fers, ou dégagez les miens.
Mais laissez-moi les miens et qu’elle les partage ;
Et qu’ensuite le temps jamais ne nous dégage.
Vois, ma belle , faut-il prier les diejx
D’ôter de ma mémoire, et ta voix et tes yeux ? Faut-il désespérer de t’avoir pour amie ?
D’être nommé ton cœur, de t’appeler ma vie ? Faut-il ne t’aimer plus? Ah! plutôt aime-moi.
Et je ne voudrais point pouvoir vivre sans toi.
(Pris de Tib.ille, IV'’, v, et II, ii.)
POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Le courroux d’un amant n’est point inexorable. Ah ! si tu la voyais, cette belle coupable,
Rougir et s’accuser, et se justifier.
Sans implorer sa grâce et sans s'humilier. Pourtant de l’obtenir doucement inquiète.
Et, les cheveux épars, immobile, muette.
Les bras, la gorge nue, en un mol abandon. Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon ! Crois qu’abjurant soudain le reproche farouche. Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche.
Va, sonore habitant de la sombre vallée.
Vole, invisible écho, voix douce, pure, ailée.
Qui, tant que de Paris m’éloignent les beaux jours Aimes à répéter mes vers et mes amours.
Les cieux sont enflammés. Vole, dis à Camille Que je l’attends; qu’ici, moi, dans ce bel asile.
Je l'attends; qu’un berceau de platanes épais La mène en cette grotte, où l’autre jour au frais. Pour nous, s’il lui souvient, l’heure ne fut point lente Va. Sous la grotte, ici, parmi l’herbe odorante. D’où l’œil même du jour ne saurait approcher.
Et qu’égaye, en courant, l’eau, fille du rocher...
Allez, mes vers, allez; je me confie en vous; Allez fléchir son cœur, désarmer son courroux ;
ÉLÉGIES
Suppliez, gémissez, implorez sa clémence.
Tant qu’elle vous admette enfin à sa présence. Entrez : à ses genoux prosternez vos douleurs.
Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs; Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche. Que vous ne m’apportiez un pardon de sa bouche.
Eh bien ! je le voulais. J’aurais bien dû me croire ! Tant de fois à ses torts je cédai la victoire î Je devais une fois du moins, pour la punir. Tranquillement l’attendre et la laisser venir.
Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience Hier sut me contraindre à la fuite, au silence.
Ce matin, de mon cœur trop facile bonté 1 Je veux la ramener sans blesser sa fierté;
J’y vole ; contre moi je lui cherche une excuse.
Je viens lui pardonner, et c’est moi qu’elle accuse. C’est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux :
Je prends sur sa faiblesse un empire odieux.
Et sanglots et fureurs, injures menaçantes.
Et larmes, à couler toujours obéissantes !
Et pour la paix il faut, loin d’avoir eu raison. Confus et repentant, demander mon pardon.
Rustan peut en un mois parcourir ses sillons.
Des coursiers d’Yémen peuplent tous ses vallons. Il a toute une armée aux regards formidables, Qui tient de son palais les portes redoutables.
Les murs de ses jardins au zéphyr enchanté
POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Semblent enceindre au loin quelque vaste cité.
De cent noirs Africains la sûre jalousie Lui garde cent beautés, l’élite de l’Asie,
Que des bains odorants les suaves apprêts Conduisent à son lit éclatantes d’attraits.
XXXI î
Souvent sur les ailes de sa pensée, \Je poète] vole ; il | s’égare... il va dans V Orient, il perce les 7inirs des > hare^ns... il y règne... il appelle une beauté que le Phase a fait naître la plus belle des mortelles.
Elle avance, elle hésite, elle traîne ses pas.
Grande, blanche. Sa tête aux attraits délicats Est penchée. Elle rit; mais à demi troublée.
D’un léger vêtement couverte et non voilée. |
Le Gange a filé l’or, qui de ses noirs cheveux (
Dans un réseau de soie emprisonne les noeuds. j Golconde, à pleines mains, sur sa riche ceinture ] A jeté le rubis et l’émeraude pure: ]
Cercle étroit et facile où ses flancs sont pressés. ; Dans leur souplesse molle avec grâce élancés. ; ]
Le diamant en feu, lumineuse merveille, * ;
Presse son doigt de rose et pend à son oreille. ' ]
Son beau sein, éclatant de jeunesse et d’amour, -, 1
Et s’élève et repousse un précieux contour.
De perles dont Ceylan voit son onde si vaine ;
Et de perles encor serpente une autre chaîne.
Sur ses bras nus, divins, dont les yeux sont charmés. Qu’avec un soin d’amour la nature a formés.
Assise auprès de lui, ses yeux pleins de son âme Nagent dans les langueurs d’une amoureuse flamme.
Et sa voix sur un luth, voluptueux accents, 1
Lui soupire en chanson la langue des’ Persans.
ÉLÉGIES
Je dors, mais mon cœur veille : il est toujours à toi. Un songe aux ailes d’or te descend près de moi. Ton cœur bat sur le mien. Sous ma main chatouilleuse Tressaille et s’arrondit ta peau voluptueuse.
Des transports ennemis de la paix du sommeil M’agitent tout à coup en un soudain réveil ;
Et seul, je trouve alors que ma bouche enflammée Crut, baisant l’oreiller, baiser ta bouche aimée ;
Et que mes bras, en songe, allant te caresser,
Xe pressaient que la plume en croyant te presser.
La troupe aux yeux charmants des trois sœurs ingénues, Qu’un même nœud retient dansantes, demi-nues,
Fuit un triste vieillard qui n’a que des regrets,
Et qui veut à la rose unir ses noirs cyprès.
Elles aiment à voir deux âmes enfantines Se conter tour à tour leurs caresses divines;
Deux visages brillants de jeunesse et d’amour Se presser l’un sur l’autre à la fuite du jour;
Deux jeunes seins se joindre et palpiter ensemble ;
Deux bouches de vingt ans, qu’un même' feu rassemble, Mêler leur douce haleine et leurs cris langoureux.
Leurs baisers dévorants, humides, savoureux...
Vois ta brillante image à vivre destinée.
D’une immortelle fleur dans mes vers couronnée.
196 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
L’étranger, dans mes vers contemplant tes attraits, S’informera de toi, de ton nom, de tes traits.
Et quelle fut enfin celle qui, dans la France,
Était la Lycoris du Gallus de Byzance.
De la reine d’amour les jeunes favoris Demanderont aux dieux une autre Lycoris, L’amante inquiétée ou la fidèle épouse Te verra dans mes vers et deviendra jalouse.^
Un enfant d’Apollon, par l’amour excité,
Fait aux rides du temps survivre la beauté.
Ah ! qu’ils portent ailleurs ces reproches austères. D’une triste raison ces farouches conseils.
Et ces sourcils hideux, et ces plaintes amères.
De leur âge chagrin lugubres appareils. <
Lycoris, les amours ont un plus doux langage : *
Jouissons ; être heureux c’est sans doute être sage. Vois les soleils mourir au vaste sein des eaux ; Téthys donne la vie à des soleils nouveaux.
Qui mourront dans son sein, et renaîtront encore. Pour nous, un autre sort est écrit chez les dieux : H Nous n’avons qu’un seul jour, et ce jour précieux \ S’éteint dans une nuit qui n’aura point d’aurore. Vivons, ma Lycoris, elle vient à grands pas Et dès demain peut-être elle nous environne ; ^
Profitons du moment que le destin nous donne, i Ce moment qui s’envole et qui ne revient pas. ; Vivons, tout nous le dit; vivons, l’heure nous presse;' Les roses dont l’amour pare notre jeunesse ;
Seront autant de biens dérobés au trépas.
. . . Penché sur toi j’attendrai ton réveil.
Sans troubler les douceurs de ton chaste sommeil, Je baiserai les fleurs qui forment ta couronne,
Et le lin qui te couvre, et l’air qui t’environne.
Trop heureux sur ce bord pendant la nuit obscure,. Qui, sous un humble toit, de son lit amoureux. Entend gronder l’orage et le ciel ténébreux.
Et le Rhin, et ses flots, et sa rive écumante, '
Et presse sur son sein le sein de son amante !
(Imité de TibuIIe, I. i.)
Oh ! puisse le ciseau qui doit trancher mes jours Sur le sein d’une belle en arrêter le cours !
Qu’au milieu des langueurs, au milieu des délices^ Achevant de Vénus les plus doux sacrifices.
Mon âme, sans eflbrts, sans douleurs, sans combats,. Se dégage et s’envole, et ne le sente pas !
Qu’attiré sur ma tombe, où la pierre luisante Offrira de ma fin l’image séduisante.
Le voyageur ému dise avec un soupir :
« Ainsi puissé-je vivre, et puissé-je mourir ! »
(Pris d’Ovide, Am. lî. x.)
Quand d’un souffle jaloux la Parque meurtrière Viendra de mon flambeau dissiper la lumière,
Si tu viens près de moi, sur mon lit de douleurs.
Ta présence pourra répandre des douceurs.
Pour apaiser l’effroi que cet instant réveille.
Que le son de ta voix flatte encor mon oreille ; Qu’autour de toi mes bras soient encore attachés ; Que tes yeux sur les miens soient encore penchés ; Que ta bouche se joigne à ma bouche expirante; Que je tienne ta main dans ma main défaillante!
'^Bourbon], île charmante, Amphitrite, ta mère. N'environne point d’île à ses yeux aussi chère. Paphos, Gnide, ont perdu ce renom si vanté.
C’est chez toi que l’amour, la grâce, la beauté,
La jeunesse, ont fixé leurs demeures fidèles.
Berceau délicieux des plus belles mortelles.
Tes deux ont plus d’éclat , ton sol plus de chaleurs ; Ton soleil est plus pur, plus suave tes fleurs. (Bonneuil) reçut le jour sur tes heureux rivages. Que toujours tes vaisseaux ignorent les naufrages; Que l’ouragan jamais ne soulève tes mers;
Que la terre en tremblant, l’orage, les éclairs. N’épouvantent jamais la troupe au doux sourire Des vierges aux yeux noirs, reines de ton empire 1
ÉLÉGIES
Salut, dieux de l’Euxin, Hellé, Sestos, Abyde,
Et nymphe du Bosphore, et nymphe Propontide, Qui voyez aujourd’hui du barbare Osmanlin Le croissant oppresseur toucher à son déclin;
Hèbre, Pangée, Hæmus, et Rhodope et Riphée ; Salut, Thrace, ma mère, et la mère d’Orphée, Galata, que mes yeux désiraient dès longtemps;
Car c’est là qu’une Grecque en son jeune printemps. Belle, au lit d’un époux nourrisson de la France,
Me fit naître Français dans le sein de Byzance.