A MARSEILLE
Salut, ô ville grecque, honneur du nom français ! Toi par qui, dans l’horreur de nos vieilles forêts. Du cruel Teutatès le prêtre sanguinaire Entendit les doux sons de la langue d’Homère ; Qui, disciple à la fois de Minerve et de Mars,
Fis couler sur nos bords l’opulence et les arts.
Et, de nos durs aïeux polissant la rudesse.
Sur des rochers gaulois sus transplanter la Grèce
Au soumet de la montagne je découvre à mes pieds la belle Italie :
Salut, terre où Saturne a trouvé le repos.
Mère de l’abondance et, mère des héros !
200 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.
Salut, dieux paternels d’une terre sacrée !
O Romulus ! et toi, Vesta, reine adorée!
Toi qui tiens sous ta garde, en tes asiles saints, Et le Tibre toscan et les palais romains.
Tu dis qu’on a dit du mal de moi... peu m’importe. Je sais trop que ceux dont je suis connu ne croiront pas quiconque m’accusera d’autre chose que de faiblesses que l’âge excuse...
J’aurais trouvé sans peine au carquois de Flambe, Son vers âpre et guerrier teint du sang de Lycambe ;
Mais, quoiqu’il soit aussi permis de se défendre qu’il est injuste d’attaquer... j’aime mieux .. que ce dont mon nom tire plus de splendeur soit de mes vers l’innocente candeur... et que la vérité
Un jour dise de moi : Cet enfant des neuf sœurs Fut doux en ses écrits et plus doux en ses mœurs ; Jamais de la puissance esclave tributaire.
Il n’a brûlé pour elle un encens mercenaire ;
Et jamais le repos de quelqu’un des humains Ne fut blessé d’un trait qui partît de ses mains.
Soit que le doux amour des nymphes de Permesse, 2
D’une fureur sacrée enflammant sa jeunesse, 1
L’^emporte malgré lui dans leurs riches déserts, ;
ÉLÉGIES
Où l’air est poétique et respire des vers ;
Soit que d’ardents projets son âme poursuivie L’aiguillonne du soin d’éterniser sa vie ;
Soit qu’il ait seulement, tendre et né pour l’amour, Souhaité de la gloire, afin de voir un jour,
Quand son nom sera grand sur les doctes collines, Les yeux qui rendent faible et les bouches divines Chercher à le connaître, et, l’entendant nommer, Lui parler, lui sourire, et peut-être l’aimer.