‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 76 sur 108 · Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux · texte numérisé non relu

Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux

Nos âmes et nos mœurs fidèlement gardées.

Et l’œil sait reconnaître une forme aux idées.

Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus. Le passé du présent est l’arbitre et le père,

Le conduit par la main, l’encourage, l’éclaire.

Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux.

Tous sont du même temps, ils ont les mêmes vœux. La patrie, au milieu des embûches, des traîtres. Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres. Cherche ce qu’ils feraient en un danger pareil.

Et des siècles vieillis assemble le conseil.

(Troisième chant.)

FRAGMENT XVII

Ainsi, quand de l’Euxin la déesse étonnée Vit du premier vaisseau son onde sillonnée.

Aux héros de la Grèce, à Colchos appelés, Orphée expédiait les mystères sacrés Dont sa mère immortelle avait daigné l’instruire. Près de la poupe assis, appuyé sur sa lyre.

Il chantait quelles lois à ce vaste univers Impriment à la fois des mouvements divers ; Quelle puissance entraîne ou fixe les étoiles ; D’où le souffie des vents vient animer les voiles : Dans l’ombre de la nuit quels célestes flambeaux Sur l’aveugle Amphitrite éclairent les vaisseaux. Ardents à recueillir ces merveilles utiles.

Autour du demi-dieu les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient suspendus. Et l’écoutaient encor quand il ne chantait plus.

(Troisième chant )

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