‹ Poésies de André Chénier (volume 2)Chapitre 84 sur 108 · LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Un jour le rat des champs, ami du rat de ville. Invita son ami dans son rustique asile.

Il était économe et soigneux de son bien ;

Mais l’hospitalité, leur antique lien^

Fit les frais de ce jour comme d’un jour de fête. Tout fut prêt : lard, raisin, et fromage, et noisette ; Il cherchait par le luxe et la variété A vaincre les dégoûts d’un hôte rebuté.

Qui, parcourant de l’œil sa table officieuse.

Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse :

Et lui, d’orge et de blé faisant tout son repas Laissait au citadin les mets plus délicats.

« Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire.

Ou préférer le monde à tes tristes forêts ?

Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près : Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance.

L’heure s’écoule , ami : tout fuit, la mort s’avance : Les grands ni les petits n’échappent à ses lois; Jouis, et te souviens qu’on ne vit qu’une fois. »

POÉSIES DIVERSES

Le villageois écoute, accepte la partie :

On se lève, et d’aller. Tous deux de compagnie, Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs Se glissent vers la ville et rampent sous les murs. La nuit quittait les deux quand notre couple avide Arrive en un palais opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil Des restes d’un souper le brillant appareil.

L’un s’écrie, et, riant de sa frayeur naïve.

L’autre sur le duvet fait placer son convive. S’empresse de servir, ordonner, disposer.

Va, vient, fait les honneurs, le priant d’excuser.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune ;

Sa vie en ses déserts était âpre, importune :

La tristesse, l’ennui, le travail et la faim.

Ici l’on y peut vivre ; et de rire. Et soudain Des valets à grand bruit interrompent la fête ;

On court, on vole, on fuit ; nul coin, nul retraite. Les dogues réveillés les glacent par leur voix ;

Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. Alors le campagnard, honteux de son délire :

« Soyez heureux, dit-il ; adieu, je me retire.

Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d’orge et la tranquillité. »

(Trad. d’Horace.)

Finir un ouvrage ainsi :

Salut^ homme vertueux.., puissent dans le tombeau vos cendres se réjouir de ce que le Grec de Byzance a osé voiis chanter !

Tel que tenant en main la coupe étincelante.

Où la vigne bouillonne en rosée odorante.

296 POÉSIES d’aNDRÉ CHÉNIER.

Un père triomphant et de fleurs couronné Boit, et puis la présente au gendre fortuné A qui ce doux présent donne, avec des richesses. D’une vierge aux yeux noirs le lit et les caresses ; Ainsi, quand des mortels que la vertu conduit Brillent comme une étoile au milieu de la nuit. Dans une coupe d’or la chaste poésie Leur verse par mes mains l’immortelle ambroisie. Boisson qui fait des dieux

Puissent vos saintes ombres se réjouir en écoutant ce qu'a chanté sur vos tombeaux la lyre byzantine ^ lyre au cœur noble et fier, qui n'a jamais loué que la vertu !

(Pris de Pindare, Olymp,,Yli.)

Voyez rajeunir d’âge en âge L’antique et naïve beauté De ces muses dont le langage Est brillant, comme leur visage.

De force, de douceur, de grâce et de fierté.

De ce cortège de la Grèce Suivez les banquets séducteurs ;

Mais fuyez la pesante ivresse De ce faux et bruyant Permesse Que du Nord nébuleux boivent les durs chanteurs.

POÉSIES DIVERSES

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