LX XXI
PREMIER APPENDICE
de l’Hymette. De plus, il avait un faible : il aimait à dispenser la gloire et à faire grands des petits poètes. D’abord de bonne foi sans doute, ensuite par entêtement, les lauriers d’André lui portant un peu d’ombrage, il répétait sans cesse que les poésies d’André étaient de de Latouebe. L’auteur de la Vallée aux Loups nia certainement (ses vers d'ailleurs parlaient pour lui), mais la fatuité n’était pas son moindre défaut, et il laissa sans doute entrevoir qu'il avait paré son poète pour le montrer en public. La coquetterie de l’un servit à la ruse de l’autre, et Béranger s’appliqua désormais à ne plus voir dans son protégé que l'inventeur ingénieux d’André Chénier. Cette incroyable et ridicule opinion, dans laquelle il persista toute sa vie, il la reproduisit dans sa Correspondance (tome III, p. 291)1, sans songer que confondre Chénier et de Latouche, c’était faire preuve d’un goût douteux en poésie. Il a encore reproduit cette assertion, et cette fois à propos des ïambes, dans Ma Biographie, p. 193. 11 appelle de Latouche « grand faiseur de pastiches, » et il dit des ïambes : < Tout le monde sait aujourd'hui que ces vers sont de de Latouche. » Béranger allait trop loin. 11 n’aurait eu qu’à en exprimer le désir, pour qu’on lui mît entre les mains les manuscrits dont il niait l'existence. Et, pour en finir avec ces mesquineries littéraires, nous déclarons que nous avons tenu dans nos mains, et vu de nos propres yeux, les ïambes composés à Saint-Lazare, et conservés comme nous l’avons dit. Ils sont écrits sur deux petits feuillets, qui ont chacun, à peu près, 12 centimètres de long sur 4 de large. L’écriture est fine, serrée, difficile à lire. Les ïambes, séparés par Latouche, n’en forment qu’un seul; il n’y a pas de lacune. Malheureusement nous ne les avons pas tenus assez longtemps entre les mains pour retenir de mémoire les vers remplacés par des points*. Il aurait presque fallu une loupe pour bien les lire. Nous avons reconnu la disposition générale, et nous avons souvenir d’une particularité qu’il est bon de noter. Au-dessus du vers :
« Mille autres moutons comme moi, » on lit Cres. ifE., et en effet la pensée d’André est bien imitée d’un fragment du Cresphonte d'Euripide.
Reprenons notre récit bibliographique. En 1839, M. Sainte-Beuve eut entre les mains les manuscrits. Il rétablit dans son ensemble le poème d 'Hermès, et donna de nouveaux et précieux fragments. L’article de M. Sainte-Beuve précéda la dernière édition qui parut la même année :
' Voy. à ce sujet une note de M. Sainte-Beuve, dans le Chateaubriand, t. II, p. 303.
1 La première fois que nous nous présentâmes chei M. Gabriel de Chénier, il nous mit entre tes mains plusieurs manuscrits d'André, entre autres les ïambes dont nous parlons ici et les fragments de VHermis. Après avoir lu plusieurs des fragments que M. Sainte-Beuve avait déjà publiés, nous reconnûmes, aidés par les explications de M. de Chénier, les dispositions générales des ïambes. Nous pensions qu'il nous serait permis dans une seconde visite de les lire à loisir, de les déchiffrer, et nous emportâmes l’espérance de les faire connaître un jour au public; mais, quand nous retournâmes chez M. de Chénier, toutes nos espérances durent s'évanouir devant un refus formel dont nous ignorons le motif.
BIBLIOGRAPHIE