‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 151 sur 496 · LES COLOMBES · texte numérisé non relu

LES COLOMBES

Deux belles s’étaient baisées... Le poetc-berger, témoin jaloux tic leurs caresses, chante ainsi :

« (Jue les deux beaux oiseaux, les colombes lidcles,

Se baisent. Pour s’aimer les dieux les tirent belles.

Sous leur tète mobile, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait l’éclat.

Leur voix est pure et tendre, et leur àme innocente, 5

Leurs yeux doux et sereins, leur bouche caressante.

L’une a dit à sa sœur : « Ma sœur

Ma sœur, en un tel beu croissent l’orge et le millet...

L’autour et l’oiseleur, ennemis de nos jours,

De ce réduit, peut-être, ignorent les détours,

Viens 10

IX. — Segrais, Égl., IV, se souvenant de Propercc, a tracé un petit lalilcau iju'il est intéressant de rapprocher de l’idylle de Chénier :

A milite, arrête un peu ; vois sur ce vieux cormier Le kaiser amoureux du sauvage ramier,

Les caresses qu'il lail à sa compagne aimée,

Qui d'un même désir se fait voir animïe. l'eut-ou, considérant leur innocent souci,

Ne pas dire eu soi-même : Heureux qui vit ainsi ! etc.

F.l Desportes, dans une pièce pleine de sentiment, Bergeries, chanson : Que de plai-ir de voir deux colombelles,

Bec contre bec, en trémoussant des ailes Mille baisers se donner tour à tour,

Puis, tout ravy de leur grâce naïve,

Dormir au frais d'une source d’eau vive,

Dont le doux bruit semble parler d'amour.

Gessner, Danton et Philis : a Vois-tu, Phitis, vois-tu là-bas sur cet arbre ces deux colombes? Regarde, regarde comme elles entrelacent admirableuicnt leurs ailes ! Ecoule comme elles gémissent tendrement 1... s

le te choisirai moi-même les graines que tu aimes, et mon bec s’entrelacera dans le tien. »

L'autre a dit à sa sœur : « Ma sœur, une fontaine Coule dans ce bosquet

L’oie ni le canard n’en ont jamais souillé les eaux, ni leurs cris. Viens, nous y trouverons une boisson pure,

Et nous y baignerons notre tète et nos ailes,

et mon bec ira polir ton plumage. » — Elles vont, elles se promènent en roucoulant au bord de l’eau ; elles boivent, se baignent, mangent, puis, sur un rameau, leurs becs s'entrelacent; elles se polissent leur plumage l’une à l’autre.

Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes,

Dit ; « 0 les beaux oiseaux ! ô les belles compagnes ! » 15

Il s’arrêta longtemps à contempler leurs jeux ;

Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux,

Dit : « Baisez, baisez- vous, colombes innocentes,

Vos cœurs sont doux et purs et vos voix caressantes ;

Sous votre aimable tète, un cou blanc, délicat, »

Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. »

V. 14. Ce voyageur n’est pas le berger du commencement. Il ne joue qu'un rôle épisodique dans le chant du berger.

V. 18. Voy. un sonnet de Ronsard, .4m., Il, i.xii, qui sc termine ainsi .

O gentils oiselets, que vous estes heureux ! etc.

et dont le souvenir se retrouve dans Racan, I, m :

Petits oiseaux des bois, que vous estes heu: -- De plaindre librement vos tourments amc' . eux.

Ici ces colombes sont les deux belles du début.

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