‹ Poesies de Andre Chenier edition critiqueChapitre 170 sur 496 · LE SATYRE ET LA FLUTE · texte numérisé non relu

LE SATYRE ET LA FLUTE

Toi, de Mopsus ami ! Non loin de Béréeynte Certain satyre un jour trouva la flûte sainte

« Mesurer, » soumettre à une mesure, à un rhytlime. C’est l’expression de Virgile.

IV. — Les poêles n’ont jamais traité les satyres avec beaucoup de respect ; plus loin, nous en verrons un rival d’un bouc ; ici le tableau est plus relevé : le rival du satyre est Hyagnis. Un jour, dit la Fable, le rival fut un dieu ; cette fois le satyre paya son orgueil de sa vie, mais il devait avoir au delà de la tombe la consolation de voir son épitaphe composée par Alcée (Anal., I, p. 488).

V. 1. — Le premier hémistiche est précieux, et permet en quelque sorte de rétahlir l’ensemble de l'idylle. On peut se ligurer deux bergers sc disputant entre eux le prix du chant, ou mieux, chacun des deux bergers fondant sur son talent poétique l’espérance qu'il a de gagner le cœur de son amante. La jalousie s’allume ; ils s'excitent réciproquement ; l'un d'eux, pour prouver son talent, rappelle à son rival l'amitié que Mopsus a conçue pour lui, amitié d’artistes, née d’une mutuelle admiration (Mopsus, en effet, nous est présenté comme un chanteur et un poète émérite dans Virgile, Egl., V) ; mais le rival aussitôt lui répond qu'il s’est laissé prendre aux éloges railleurs de Mopsus, et il lui cite l’histoire de ce satyre qui, lui aussi, s'imaginait avoir le talent d'ilyagnis. Au surplus, n'cst-ce pas la même pensée que dans le passage de Virgile, É<]1., III, 25, où Damète se vante d’avoir vaincu Damon, et où Ménalquc lui répond :

Canlando tu ilium ? aut unquam lihi fistula cera Juncta fuit? Non tu in Iriviis, indocte, solebas Stridcnti miscrum stipula disperdere carmcn?

et dans le passage de Calpurnius, Égl., VI, 22, où Astylas répond à Lycidas qui se vante de sa victoire :

Vincere tu quemquam ! Vel le certamine quisquam Dignetur, qui vix stillantes, aride, voces Rumpis et expcllis, male singultantia verba?

Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux Le cortège énervé de la mère des dieux.

Il appelle aussitôt, des fanges du Méandre, t>

Les nymphes de l’Asie, et leur dit de l’entendre;

Que tout l’art d’Iiyagnis n’était que dans ce bui ;

Qu’il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui.

On s’assied. Le voilà qui se travaille et suc,

Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue, 10

Enfle sa joue épaisse, et fait tant qu’à la fin Le bois résonne et pousse un cri rauque et chagrin.

« Birécynie, » montagne de Phrygic, où se célébraient les mystères de Cyhèle, la mère des dieux (Slrabon, X, ni, 12). Selon Étienne de Byzance, une ville de Phrygic portait aussi ce nom. — Ronsard, Franc., appelle Cvbèle la Bérécynlienne.

V. 3. « Hyagnis, » selon Apulée, Flor., III, fut le père et le rnaîlre de Marsyas, le joueur de flûte. Voy. Pscudo-PliU., X, Marsyas, de Fluviis.

V. 4. Voy. Catulle, de Berecynthia et Aly. — « Énervé, » non pas au figuré, mais au sens réel et physique, en latin semivir. Martial, III, 91 : '

Semiriro Cybeles cum grege junxit iter.

Cf. Virgile, Enéide, IV, 215. On le rendrait aussi en lalm par évitât us ; voy. Catulle, LXIII.

V. 5-6. Voici un de ces passages où il serait nécessaire d'avoir le manuscrit sous les yeux, car nous soupçonnons ici une correction fâcheuse de M. de Latouche. En tout cas, André suppose le satyre, non loin de Bérécynle, placé sur les bords du Méandre, au cours lent et vaseux, et près du confluent du Marsyas; et c'est de là ( des fanges du Méandre) qu'il appelle à grands cris les nymphes de t Asie. Ici l’Asie n’est point la contrée qui porte ce nom, mais le lac ou marais d’Asia, dont parle Virgile, Géorg., I, 384 et Enéide, VII, 701, et qui s’étend dans le bassin du Cayslre jusqu’aux collines qui séparent ce fleuve du Méandre.

V. 8. Hyagnis fut, dit-on, le premier qui imagina de, lever et de laisser les doigts sur la flûte. Voy. Apulée, Flor., III ; cf. Anth., IX, 540.

V. 9. Dans le combat d’Apollon et de Marsvas (Apulée, Flor., III) : « Musæ cum Mincrva dissimulamenti gratiajudir.es adstitere, ad deridendam scilicet monstri illius barbariem, nec minus ad stoliditatem puniendam. » De même, dans le combat des Muses et des Piérides (Ovide, Mét., V, 317), les Nymphes sont juges et s’assoient sur des sièges taillés dans le roc.

V. 12. Dans Calpumius, Égl.,\, 0, des enfants qui ont trouvé la flûte

PÊOSIES ANTIQUES.

L’auditoire étonné se lève, non sans rire.

Les éloges railleurs fondent sur le satyre,

Qui pleure, et des chiens même, en fuyant vers le bois, 15 Évite comme il peut les dents et les abois.

Accours, jeune Chromis, je t’aime et je suis belle,

Blanche comme Diane et légère comme elle,

Comme elle grande et lière; et les bergers, le soir, Lorsque, les yeux baissés, je passe sans les voir,

Doutent si je ne suis qu’une simple mortelle, 5

Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle ! »

de Pan nous offrent un petit tableau semblable à celui que nous trace André :

liane pueri (tanquam prædam pro carminé possent Suinerc, fasque esset calamos tractarc deorum)

Invadunt furlo : sed nec reson arc canorem Fistula, quem snerat, nec vult conteiere carmen;

Sed pro curminibus male dissona sibila reddit.

V. 13. Les Muses (Apulée, Flor., 111) traitent avec autant d'irrévérence le pauvre Marsyas : « Risere Musæ quum audirent hoc genus crimina, sapienti exoptanda, Apollini objectata. »

V. 15. « Des chiais mime. » Ici, selon les grammairiens, même devrait prendre la marque du pluriel ; mais le mot même, pour André comme pour nos vieux écrivains, est presque toujours adverbe et l'a finale n'est alors qu’une lettre facultative. Voy. Génin, Variations du langage français, p. 101 et suiv. Très-souvent dans Chénier on trouve euxméme, nous-mtme et vous-mfme. Les poêles de l'époque d’André offrent de fréquents exemples de cette licence.

V. — C’est à tori que l'édition 1839 avait joint ces vers aux suivants et que nous avions fait de même dans notre première édition. Ce sont deux fragments différents.

V. 5-6. Ce passage rappelle les paroles que, dans V Iliade, III, échangent à voix basse les vieillards troyens quand ils voient Uélène s'avancer vers la tour.

Néère, ne va point te confier aux flots De peur d’être déesse, et que les matelots N’invoquent, au milieu de la tourmente amère, La blanche Galatée et la blanche Néère.

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